Exemple de dissertation de droit constitutionnel : les rapports du Président et du Premier Ministre

Mis à jour : avr. 26


Voici une dissertation de droit constitutionnel sur les rapports du Président et du Premier Ministre sous la Ve République, qui a obtenu la note de 17/20. Vous verrez les deux têtes de l’exécutif bicéphale, puis qu'en pratique, le Premier Ministre est sur le devant de la seine ou au fin fond des coulisses.

Cette copie vous aiguillera sur la méthode de la dissertation en droit constitutionnel. 🖊️



« -Permettez-moi juste de vous dire que ce soir je ne suis pas le premier Ministre et que vous n’êtes pas le Président de la République. Nous sommes deux candidats, à égalité, et qui se soumettent au jugement des français, le seul qui compte. Vous me permettrez donc de vous appeler Mr Mitterrand.

- Mais vous avez tout à fait raison Monsieur le Premier Ministre […]. »


Ce dialogue mémorable entre F. Mitterrand, Président sortant, et J. Chirac, ancien Premier Ministre, marque la fin, grâce aux élections présidentielles de 1988, de la toute première cohabitation que la Ve République ait connue, mais nous avançons déjà trop vite. Arrêtons-nous d’abord à nos deux protagonistes : le Président de la République et le premier Ministre.

Tout d’abord, le Président. Il est décrit par de nombreux théoriciens comme celui étant supposé être « la clé de voûte des institutions ». En effet, il est le chef de l’Etat et est censé être une sorte « d’arbitre du régime », au-dessus des discordes entre partis, chargé d’apaiser le jeu politique. A ses côtés, le premier Ministre, chef du Gouvernement, dirigeant l’action de celui-ci et disposant de l’administration publique.


Cependant, en réalité le Président ne se contente pas de ce rôle de « pilier » du régime et notre Constitution n’étant pas suffisamment claire sur l’équilibre que doivent adopter prérogatives présidentielles et ministérielles, il arrive bien souvent que le rôle du Premier Ministre se retrouve masqué par une aura présidentielle éblouissante. Il faut avouer que le fait que la première institution évoquée par la Constitution soit le Président et non le Gouvernement n’aide pas à mettre le Premier Ministre sur le devant de la scène.


Puisqu’il est question d’aura, parlons de celle de Charles De Gaulle. Héros de la Seconde Guerre Mondiale, fondateur des Ive et Ve Républiques et sauveur de la France pendant la Guerre d’Algérie, sa réputation n’est plus à faire et il n’est un mystère pour personne que c’est une personnalité impressionnante qui a engendré cette tradition de Président imposant, maître de tout et au cœur du régime.


C’est probablement d’ailleurs à cause de cela que Maurice Duverger qualifie la Ve République de « régime semi-présidentiel », s’opposant alors directement à la Constitution qui insiste sur la qualification du « régime parlementaire ».

Mitterrand parle même du « strip-tease » du Premier Ministre, dépouillé de ses compétences ».

Bref, il nous faut éclaircir ce point : La Ve République est-elle réellement le terrain d’une domination présidentielle, au détriment du Premier Ministre ? Le Président outrepasse-t-il ses compétences ?


Pour mener à bien cette réflexion, il semble évident de déterminer les pouvoirs de nos deux personnages principaux (I) et d’essayer de comprendre de quelle manière ils s’équilibrent, s’articulent ou se neutralisent (II).


I- Les deux têtes de l’exécutif bicéphale


Ici, nous analyserons tout simplement les pouvoirs du Premier Ministre (A) et ceux du Président (B) afin de déterminer lequel, en théorie du moins, a l’ascendant sur l’autre.


A. Le Premier Ministre : nommé et responsable


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Nous l’avons dit, le Premier Ministre est le chef du Gouvernement, c’est-à-dire le chef de l’entité qui détermine et conduit la politique de la Nation et qui dispose de l’administration, ainsi que de la force armée (Article 20 de la Constitution).

Les pouvoirs du Premier Ministre sont établis à l’article 21 de la Constitution : il est responsable de la défense nationale (ce qui est un peu paradoxal lorsque l’on sait que c’est le Président de la République qui préside les conseils de Défense nationale mais nous y reviendrons ultérieurement), assure l’exécution des lois, dispose du pouvoir réglementaire et peut même supplier le Président sous certaines conditions.


Bien qu’il semble que sa légitimité ne soit pas aussi forte que celle du Président, élu au suffrage universel direct depuis 62 tandis que le chef du Gouvernement est nommé par celui-ci (article 8 de la Constitution). Il dispose tout de même de certaines prérogatives très importantes. Par exemple, comme l’explique l’article 9 de la Constitution, les actes du Président doivent être contresignés par le Premier Ministre. De plus, le Président ne peut prendre des décisions importantes (sauf si les pouvoirs exceptionnels de l’article 16 lui sont attribués, nous y reviendrons également), telles que la dissolution de l’Assemblée Nationale ou de la promulgation d’un référendum, sans en avoir au préalable discuté avec le Premier Ministre.


Ajoutons à cela le fait que le Premier Ministre puisse, avec son Gouvernement, être remis en cause devant l’Assemblée Nationale démontre bien que de grandes responsabilités lui incombent.

En résumé, le chef du Gouvernement est chargé de conduire d’une poigne de fer la politique nationale, tout en veillant à ne pas commettre d’erreur s’il ne veut pas se voir contraint à présenter sa démission.


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B. Le Président de la République : élu et presque responsable


Dès lors, il pourrait être facile de conclure, puisque le chef de l’Etat est irresponsable aux yeux de l’article 67 de la Constitution, ses responsabilités ne sont pas assez grandes et la réponse à notre question est un « non » ferme. Cependant, notre cher article 67 nous informe d’une exception : l’article 68. Il dispose que : « Le Président de la République ne peut être destitué qu’en cas de manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l’exercice de son mandat. » En clair, il faut absolument le protéger pour éviter qu’il ne soit trop facilement la cible d’accusations, mais ses fonctions obligent tout de même une possibilité d’action de « justice » (à nuancer car il ne peut être jugé que par le Parlement, réuni en Haute Cour).


Revenons maintenant aux Conseils de Défense et Conseils des Ministres présidés, comme le prévoient les articles 9 et 15, non pas par le Premier Ministre (pourtant chef du Gouvernement et de la Défense Nationale) mais par le chef de l’Etat. Pourquoi la direction de deux institutions relevant de la compétence du Premier Ministre revient-elle au Président ? Il est d’autant plus étonnant d’apprendre qu’un acte délibéré en Conseil des Ministres ne pourra être conclu qu’en Conseil des Ministres à nouveau, donc sous la surveillance et avec l’accord du chef de l’Etat. L’exemple de F. Mitterrand qui refuse, en 1986, de signer les ordonnances proposées par le Gouvernement de J. Chirac est parfait pour comprendre que les rapports Président-Premier Ministre sont ambigües.


Autre source de confusion : la gestion exclusive du pays en période de crise revient au Président, comme le prévoit l’article 16 de la Constitution. Pourquoi s’il n’est que la « clé de voûte » des institutions ou un arbitre du régime, est-ce à lui que revient cette lourde tâche et non pas au premier Ministre, déjà chargé de mener à bien la Politique Nationale, la Défense et la gestion de l’administration ?


Enfin, dernier point d’absurdité : il est plus légitime, du fait de son élection au suffrage universel que le Premier Ministre.


On constate d’ores et déjà un déséquilibre, au profit du chef de l’Etat, au sein même de la Constitution la pratique permet-elle un rééquilibrage empêchant le « strip-tease » du Premier Ministre » ?


II- La pratique : un Premier Ministre sur le devant de la seine ou au fin fond des coulisses


Ici, nous étudierons de quelle manière les deux têtes de l’exécutif se partagent le pouvoir en période de cohabitation (A) ou de fait majoritaire (B).


A. La cohabitation : Un Président neutralisé



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Pour bien commencer, il est important de rappeler ce qu’est la cohabitation. Lorsque le Président de la République nomme le Premier Ministre, il le choisit du même bord politique que la majorité de l’Assemblée Nationale. Il arrive donc que le Président et Premier ministre ne soient pas de la même couleur politique : c’est la cohabitation.


Il est alors fréquent que nos deux protagonistes ne s’entendent pas (on repense au fameux « lui c’est lui et moi c’est moi » de Laurent Fabius, Premier Ministre de François Mitterrand) et dans ce cas, le Premier Ministre reprend l’ascendant sur le jeu politique. En effet, les actes pour lesquels le Président a besoin de la signature du chef du Gouvernement sont plus difficiles à obtenir, et inversement. La plupart du temps, le chef de l’Etat s’efface et s’en tient aux pouvoirs qu’il peut exercer seul (par exemple, les relations internationales). C’est en période de cohabitation que le rôle du chef de Gouvernement du Premier Ministre est le mieux respecté.


Que se passe-t-il alors lorsque l’inverse de la cohabitation se produit ?


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B. Le fait majoritaire : un Président plus présent que jamais


Si on met de côté la période de cohabitation plus que tranquille entre Mitterrand et Balladur (à tel point qu’elle était qualifiée de « cohabitation de velours » ), le fait majoritaire est l’exact opposé de la cohabitation : le Président et le Premier Ministre sont de la même couleur politique, ont de bonnes relations et sont, normalement en accord. L’exemple le plus parfait de fait majoritaire est le couple Chirac-Raffarin. En effet, il est très surprenant qu’un Premier Ministre ait accepté une réforme renforçant encore plus l’importance du Président : celle du quinquennat. En effet, celui-ci réduit les chances de voir naître une cohabitation, le mandat présidentiel et ceux des parlementaires se terminant au même moment, et, par conséquent, réduit les hypothèses où le Premier Ministre exerce réellement son rôle de chef du Gouvernement.


Dès lors, le déséquilibre au profit du Chef de l’Etat n’en est que renforcé. Quel intérêt aurait le Premier Ministre à vouloir le contrer alors qu’il est d’accord avec lui (politiquement du moins) et poursuit le même objectif ? Aucun. C’est pour cela qu’en période de fait majoritaire le chef du Gouvernement ne l’est plus réellement et ressemble plutôt au coordinateur de la politique présidentielle qu’au créateur de la politique nationale.


Un autre exemple flagrant est celui du quinquennat d’Emmanuel Macron, et plus précisément de la crise du Covid-19. Les pouvoirs spéciaux de l’article 16 ne lui ont pas été accordés et pourtant nous avons bien l’impression qu’il est celui qui a la main mise sur tout. Il prend la parole pour annoncer les mesures graves, tape du poing sur la table pour se faire entendre et dirige les Conseils de Défense sanitaires où toutes les décisions importantes sont prises. A tel point que Marine Le Pen s’est exprimée en ces termes : « Je constate quand même que le Gouvernement d’Emmanuel Macron […] ».


« Le Gouvernement d’Emmanuel Macron », le Gouvernement du Président de la République, un peu étrange non ?


Il semble alors avéré que la Ve République laisse place à une certaine domination présidentielle. Pour autant, elle a traversé, et traverse encore, crise sur crise avec succès (aucune Révolution n’a encore éclaté après tout). N’est-ce pas alors le signe d’un système qui fonctionne ?


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