12 conseils avant de se lancer dans la rédaction d’une thèse juridique

Mis à jour : mai 19

PAMPLEMOUSSE 3 > ORIENTATION > ARTICLE 7

Quand on veut devenir docteur en droit, il faut écrire une thèse juridique ! L’engagement dans ce projet est tellement fort qu’il demande de l’introspection, de la préparation et une vraie organisation. Nous vous livrons 12 conseils et plein d’astuces à bien lire avant de se lancer dans la rédaction d’une thèse juridique. 📝

1/Bien débuter sa thèse juridique : l’étape essentielle du “pourquoi ?” 


Conseil n°1 : sachez où vous mettez les pieds 

Écrire une thèse en droit prend du temps. Beaucoup de temps. C’est aussi une épreuve en solitaire, parfois effrayante. Ce sont des moments difficiles. Mais c’est avant tout une mesure astronomique de plaisir et de découvertes. Et oui, il faut savoir y trouver soi-même des bienfaits : si l’on ne se rend pas heureux nous-mêmes, qui le fera pour nous ? 


Une thèse juridique est une recherche académique 

Une méthodologie précise, de la documentation, de l’analyse, l’identification d’anomalies, des prises de position. La thèse constitue une forme de recherche académique.


Une thèse juridique est un investissement important 

Il s’agit d’un exercice rédactionnel important qui requiert d’importantes recherches et un investissement sur le long terme de la part du doctorant. Elle dure au moins trois ans, mais la moyenne en droit se situe aux alentours de cinq années. C’est une épreuve qui vous permet d’obtenir un diplôme de doctorat.


Une thèse juridique est une approche novatrice sur une question de droit 

« Une thèse c’est d’abord avoir un point de vue, une approche novatrice sur une question [juridique]. »

Olivia Tambou, MCF, Paris Dauphine, blogdroiteuropéen, 6 octobre 2017.


Une thèse, ce sont des années de recherches et d’analyses, dont la finalité est d’apporter une réponse au sujet choisi.

La thèse en droit est soumise à un formalisme rédactionnel spécifique dont le futur doctorant doit prendre connaissance.


Conseil n°2 : demandez-vous pourquoi faire une thèse de droit 

Une thèse juridique implique de savoir dans quoi on s’engage. 

Devant un tel investissement, vous devez être sûr de vouloir produire une thèse juridique. Pour cela, il est essentiel de vous demander pourquoi vous souhaitez vous engager dans cette voie. 

Les raisons sont diverses et propres à chaque personne : souvent pour une carrière bien précise. 


Une thèse juridique peut être purement académique

Selon la profession envisagée, la thèse sera différente. Il existe des thèses purement « académiques », dont la finalité est l’enseignement supérieur. Sachez néanmoins que le doctorat ne constitue pas un passe-droit. Il s’agit simplement d’une première marche montée vers cette perspective de pouvoir enseigner. Toutefois, il n’est pas dit que la porte au bout du palier soit déverrouillée. 


Cette voie implique, en parallèle de la thèse, d’enseigner, d’intervenir à des colloques, et de rédiger des articles de doctrine. 


Une thèse juridique peut être professionnalisante

Il est possible d’envisager une thèse « professionnalisante ». Ici, la finalité n’est clairement pas l’enseignement, mais l’acquisition d’une spécialisation juridique de haut niveau. 

En dehors de la carrière envisagée, on se lance dans la rédaction d’une thèse par conviction, par passion, et par envie. C’est beaucoup de curiosité, une rigueur particulière, quantité de persévérance et de la patience à profusion.

Conseil : Vos résultats universitaires seront épluchés : travaillez pour la mention !

2/Bien débuter sa thèse juridique : l’étape essentielle de l’ANTICIPATION


Conseil n°3 : anticipez en étudiant avec rigueur certains points juridiques dès vos études 

La thèse, ça se prépare. C’est un projet qui mûrit et qui grandit avant même l’inscription à l’école doctorale. Il y a des points particuliers sur lesquels vous devez travailler avec ardeur pendant vos années de Master (et notamment en M2).

__

Lire notre article sur comment bien choisir son master pour ne pas regretter

__


Conseil n°4 : ne sous-estimez pas l’importance du choix sujet de votre thèse juridique  

Il va être votre seul compagnon au quotidien tout au long de ces années. 

Il faut qu’il ait ce « petit quelque chose » qui fait briller vos yeux ; que vous ayez un « coup de foudre ». 

Vous l’avez compris : vous allez devoir trouver un sujet qui vous plaise. 


Mais en dehors de ce point essentiel, votre sujet de thèse devra remplir quelques conditions qui dépendent, entre autres, de la « typologie » de la thèse (académique ou professionnalisante). 


Conseil n°5 : le sujet de votre thèse juridique doit être « original ». 

Il ne faut pas entendre loufoque ou burlesque, mais innovant et nouveau. Ce sujet ne doit pas avoir déjà été traité (#QPC). Il ne faut pas que votre sujet soit du réchauffé. Renseignez-vous sur le fichier central des thèses. Entrez des mots-clés et voyez ce qui a déjà été réalisé. 

Évidemment, si une thèse a déjà été réalisée en 1930 sur un sujet sensiblement analogue ce n’est pas un frein (#évolution). 


Conseil n°6 : le sujet de votre thèse juridique doit être abordable. 

Il est essentiel que vous puissiez composer sur le sujet choisi, qu’il y ait matière à traiter. Optez pour un sujet qui vous mènera à coup sûr à une production fructueuse. 

Renseignez-vous auprès des enseignants-chercheurs et des professionnels afin d’en savoir plus sur les caractéristiques requises et les domaines porteurs. 

Conseil n° 7 : choisissez bien le directeur de votre thèse juridique

Avant toute chose : seuls un Maître de conférences « HDR » (Habilité à Diriger les Recherches) ou un Professeur des Universités peuvent vous encadrer pour une thèse académique. 

À l’instar du sujet, le directeur de thèse doit être soigneusement « choisi ». Son rôle est de vous accompagner dans la rédaction de votre thèse, vous guider et il aura nécessairement un impact sur votre projet.

Si vous souhaitez tenter l’enseignement supérieur, privilégiez un directeur qui a déjà eu des docteurs qualifiés (#CNU), par exemple. En dehors de sa renommée et de ses compétences certaines, l’idéal est de travailler avec un directeur que vous connaissez, avec lequel le courant passe, que vous respectez profondément, et que vous savez impliqué. Cette personne bienveillante vous poussera au paroxysme de votre potentiel


Bon à savoir : Vous pouvez envisager une codirection. Elle permet, par exemple, de mêler les disciplines, de travailler avec un enseignant-chercheur et un professionnel, d’avoir deux guides avec des qualités humaines différentes et complémentaires, etc.


Conseil n°8 : anticipez le financement de votre thèse de droit

Vous le savez, écrire une thèse c’est de l’endurance sur plusieurs années. Il va falloir s’assumer financièrement, être autonome. Voici quelques pistes à étoffer :


  • Contrat doctoral proposé par les laboratoires de recherche : ils sont en nombre très limités et ouverts à toute la France #enseignementsuperieur.

  • Le CIFRE : Vous travaillez dans une entreprise sur un projet de recherche financé #professionnalisant.

  • Des bourses et financements institutionnels : ils peuvent être régionaux, nationaux, locaux, internationaux.


Renseignez-vous très en amont. Allez frapper à la porte du laboratoire de recherches rattaché à votre Université.


  • À défaut de financement extérieur, vous pourrez vous « autofinancer » en travaillant : décrochez des TD (attention, les vacations sont payées en deux fois : janvier/juillet) ; trouvez un poste d’assistant de justice dans un tribunal, de juriste, etc. 


Anticipez : les places sont chères. 

3/ Des astuces indispensables pour s’ORGANISER


Conseil n°9 : planifiez la rédaction de votre thèse

Pour mener à bien la rédaction de votre thèse de droit, pour mieux travailler, pour être plus efficace, pour vous motiver et vous booster : planifiez.


Notez tout ce que vous avez à faire par jour/semaine/mois. Envisagez vos lectures, vos temps de réflexion, et surtout vos plages de repos. 


Il y aura de nombreuses interruptions, que ce soit pour préparer et donner des TD, corriger des copies, surveiller des examens, assister à des journées doctorales, des colloques, des conférences, ou encore exercer une activité en dehors de l’Université. 


Tout est alors une question d’équilibre. En planifiant, vous aurez le contrôle de vos travaux doctoraux, vous saurez où vous allez en dépit des imprévus.


Conseil : donnez-vous des objectifs à l’année : - Première année établir la bibliographie et avoir un plan ; - Deuxième année : affiner le plan et commencer à rédiger, etc.

Conseil n°10 : soyez régulier dans l’écriture de votre thèse juridique

Rédiger une thèse de droit est un travail de longue haleine qui nécessite des temps de repos que vous pourrez vous octroyer, sans culpabiliser, en étant assidu dans votre activité. 


Aussi, la régularité vous permettra d’arriver au bout de la tâche sans vous étendre sur la durée.


Très important : ne partez pas du principe que vous « avez » plusieurs années. Chacune de ces « plusieurs années » est indispensable pour avancer sur la marche suivante. L’objectif d’un doctorant est d’atteindre le palier sans trop s’attarder. L’ensemble de ces années est nécessaire à la maturité de votre réflexion.

Un travail régulier dans la rédaction de votre thèse se fait au quotidien. Plus vous laisserez du temps entre les moments où vous planchez sur la thèse, plus il vous sera difficile de vous y remettre. 

La régularité implique de l’autonomie

N’attendez pas que votre directeur vous pose un ultimatum pour avancer. À chaque entretien que vous aurez avec lui, montrez-lui que vous gagnez du terrain, que vous travaillez sérieusement et que vous êtes engagé.


Conseil n°11 :  Ne négligez pas la méthodologie et les différents outils

Soyez méthodique

La première année de la réalisation de votre thèse de droit est souvent la moins productive d’un point de vue rédactionnel, mais la plus importante du point de vue des recherches. Ne négligez pas l’attention à porter à la méthodologie de rassemblement et de classement des données de recherche : 

  • Faites des photocopies et numérisez les documents que vous faites venir de loin (c’est fastidieux, mais nécessaire) ;

  • Réalisez des fiches : tirez des éléments de vos lectures, prenez des notes systématiques ;

Astuces : en haut de chaque fiche, notez des mots-clés correspondant à la thématique abordée : vous aurez plus de facilités à classer ces éléments lorsque vous passerez à la phase de rédaction.


Notez-y toutes les références : auteurs, titre, page de l’extrait si vous empruntez des éléments que vous souhaitez citer lors de vos développements.

  • Organisez les jurisprudences dans des tableaux ;

  • Classez vos notes et lectures par thème dans des dossiers. 


Cette méthodologie de classement vous servira à élaborer plus facilement un plan, les données exploitées étant organisées. 


Dans cette optique, faites la bibliographie au fur et à mesure de vos lectures : vous éviterez de passer des heures à rechercher toutes vos sources. Par ailleurs, ces éléments appuieront votre avancement lors de votre réinscription face au comité de suivi de thèse. 


Conseil : Rendez-vous sur le guide « officiel » pour les références, formalités bibliographiques et abréviations. Pour vous imprégner du formalisme, lisez également des thèses publiées.


Quelques outils pour se lancer dans la rédaction d’une thèse juridique  


Sites des éditeurs juridiques, BU, « sudoc », « academia.edu », « cairn », « persee », « galica.bnf »,

Formations doctorales, colloques, stages. Attention, ne vous dispersez pas. Demandez toujours conseil à votre directeur qui saura ce qui est bien pour vous.


Zoom sur la veille : Un sujet de thèse évolue nécessairement en cours d’élaboration. À chaque étape, il sera nécessaire de maintenir une veille pour être au courant de l’adoption de nouvelles normes, ou de décision de justice, de la parution de nouveaux articles ou ouvrages de doctrine, de la sortie de nouveaux rapports. Exploitez les flux RSS des différents sites institutionnels (Sénat, Assemblée nationale, Conseil d’État, Cour de cassation, etc.). Pour pouvoir accéder aux mises à jour, il vous faudra un « agrégateur ». Feedly est un agrégateur accessible en ligne ou en application mobile. Vous y « collez » toutes les URL des flux auxquels vous souhaitez vous abonner (vous pouvez également y entrer des mots-clés). Allez régulièrement (tous les jours) sur votre fil feedly pour voir les actualités.


Important : ayez un ordinateur portable léger, mais résistant ; pensez à faire plusieurs sauvegardes de votre travail régulièrement, afin de ne pas être pris au dépourvu. Procurez-vous deux disques durs.


Conseil 12 : Soyez passionné !

La thèse c’est avant tout de la passion, elle grandit et évolue au fil du temps grâce à l’addition de nombreux éléments.

Trouvez toujours un intérêt à ce que vous faites

Vous avez un objectif, vous développez votre culture, vous étoffez votre CV, vous travaillez sur un projet sérieux. Gardez-le en tête, notamment dans les moments difficiles. Prenez du plaisir à l’ouvrage : quelle réjouissance de trouver ce que l’on cherche. Comme disait Le Général de Gaulle : 

« Des chercheurs qui cherchent, on en trouve. Des chercheurs qui trouvent, on en cherche ». 

Aspirez à devenir, au terme de ces années, un chercheur qui trouve.


Les « à-côtés » : la thèse c’est des rencontres, des échanges, du partage, des découvertes, de la réflexion. Créez-vous un réseau au gré des événements : intervention à des colloques et séminaires #enrichissant ; participation à des formations et stages #découverte ; rédaction d’articles #développement ; dispense de travaux dirigés #transmission). Saisissez chaque occasion pour étendre votre network : soyez acteur de votre projet.


N’oubliez pas, la thèse est la priorité. Ne vous dispersez pas. Les à-côtés sont là uniquement pour dynamiser l’aventure, ils ne doivent pas prendre le pas sur la thèse.


Conseil : Essayez de nouer un contact avec d’autres doctorants, avec qui vous pourrez partager et échanger. L’isolement peut — paraît-il — devenir le pire ennemi du doctorant.


__

Lire notre article sur les 5 techniques anti-stress pour les étudiants en droit

__


Par Kahina Khadraoui



DOSSIER SPÉCIAL : ENQUÊTE SUR LE CRFPA

5 ÉTAPES POUR BIEN CHOISIR SON IEJ




Nos derniers posts

NOUS SUIVRE

  • Instagram
  • Facebook
  • Twitter
  • YouTube