[VIDÉO] "C'est plus dur de rentrer dans la police que d'être magistrat"- Entretien avec Agnès Naudin

Mis à jour : il y a 13 heures



Agnès Naudin est une femme-flic. Elle vient de quitter la fameuse Brigade Territoriale de Protection de la Famille (brigade qui a pour mission d'enquêter sur les viols conjugaux, les viols sur mineurs incestueux ou non, et les bébés secoués). La capitaine de la police nous livre un témoignage sans langue de bois sur le monde qu'elle a côtoyé pendant des années.👮‍♀️


Pamplemousse : Bonjour Agnès, tu peux te présenter et répondre à nos questions de façon courte ?

Agnès Naudin : Bonjour, je suis Agnès Naudin, je suis capitaine de police en Brigade Territoriale de Protection de la Famille en disponibilité depuis 6 mois et je suis là pour Pamplemousse !


Comment se déroulent les concours de Police ?


Pamplemousse : Comment se passent les concours d’officier de police ? 💼

Agnès Naudin : C'est difficile, mais c'est marrant. C'est un peu comme si l'on voyait plein de lapins crétins qui sont en train de courir tous ensemble pour arriver à la ligne d'arrivée et qu'ils étaient tous épuisés avant même que le gong ait sonné !


Pamplemousse : Tu as fait une prépa ?

Agnès Naudin : Alors j'en ai pas fait qu'une, j'en ai fait 2, mais pas des prépas pour rentrer dans la police. J'ai fait des prépas pour être avocate.


Pamplemousse : C’était pas nécessaire de faire une prépa pour les concours de police ?

Agnès Naudin : En fait, quand j'ai voulu passer les concours, j'avais déjà fait les deux prépas pour être avocate et c'est ça qui m'a permis d'avoir ce concours là. Alors j'ai pas eu celui d'avocat mais j'ai eu celui de la police.



Pamplemousse : Faut faire des pompes pour l’avoir ?

Agnès Naudin : Il paraît. Il faut en faire euh... 3 pour les filles et 5 pour les garçons. Je crois, c'était il y a 10 ans hein !


Pamplemousse : Il y a une épreuve de franchissement de barrières, ça t’a rappelé la fac de droit ?

Agnès Naudin : haha oui !


Pamplemousse : C’est plus dur d’être policier que magistrat ?

Agnès Naudin : Aujourd’hui c’est plus dur d’être policier qu’être magistrat.


Pamplemousse : Ah oui, parce qu'il y a moins d’acceptés qu’à l’ENM, c'est ça ?

Agnès Naudin : Oui voilà, et moins qu'à l'ENA aussi. Je force un peu le trait.


Pamplemousse : Les erreurs à éviter pour passer le concours ?

Agnès Naudin : Les erreurs à éviter ? Être un gros con. Chacun entendra ce qu'il voudra y entendre. C'est quelqu'un qui va aller chercher du pouvoir, qui va aller chercher de la lumière.


Tout savoir sur le métier de policier


Pamplemousse : C’est dur d’être une femme dans la police ?

Agnès Naudin : J'ai toujours trouvé que c'était beaucoup plus facile de manager des hommes que des femmes.


Pamplemousse : Les 3 choses qui vous ont fait rejoindre la police ?

Agnès Naudin : Les gens… Le service... L'injustice.


Pamplemousse : Ça fait 3 bravo ! Ce qui vous énerve le plus dans la police ? 😑

Agnès Naudin : Les cons, j'aime pas les cons.


Pamplemousse : On en a aussi 2 ou 3 à la faculté. Y’en a beaucoup dans la police des cons ?

Agnès Naudin : Un peu trop.


Pamplemousse : Quels sont les clichés sur la police ?

Agnès Naudin : Mais il y en a plein ! Le cow-boy qui arrête tout le temps, le délit de faciès, bien sûr ! Est-ce vraiment des clichés ?


Pamplemousse : C'est marrant, ce sont les mêmes que parmi nos chargé de TD 😅




Questions en vrac à une capitaine de la police


Pamplemousse : Aurais-tu pu être une bonne avocate ? 🥑

Agnès Naudin : J'aurais été incapable de défendre les coupables, j'aurais fait une très mauvaise avocate !


Pamplemousse : Et tu es une bonne policière ?

Agnès Naudin : Ouais je pense. Parce que je suis à l'écoute, parce que j'arrive à comprendre les choses assez rapidement et à me faire une image d'ensemble de la situation.


Pamplemousse : Quel est le pire métier dans la police ?

Agnès Naudin : Garde-barrières.


Pamplemousse : Tu te sentais utile dans la police ? 👮‍♀️

Agnès Naudin : Bah oui ! Tous les jours, enfin je veux dire, c'est beaucoup plus gratifiant de s'occuper de victimes de violences sexuelles que d'aller casser des gilets jaunes dans la rue.


Pamplemousse : Quel effet ça fait de menotter quelqu’un ?

Agnès Naudin : Ah ben c'est pas le même trip que quand tu menottes ton copain ou ta copine.


Pamplemousse : Les débats sur la baisse de la majorité sexuelle, tu en penses quoi ?

Agnès Naudin : Ah bah je suis pas d’accord, j’ai écrit un bouquin là-dessus et j’ai choisi une histoire justement où on parle d'une jeune fille de 11 ans qui a des relations sexuelles avec son oncle par alliance qui en a 40. Qui lui est d’accord, bien évidemment.

Sauf que tout l’enjeu c’est justement de voir quelle est la maturité sexuelle de la jeune fille et aujourd'hui on a décrété que finalement 15 ans, elles étaient toutes à maturité sexuelle pour pouvoir dire oui, moi je suis pas d'accord. Je pense que c'est au cas par cas qu'il faut faire.


Sur les viols conjugaux


Pamplemousse : Les viols conjugaux c’est quoi ?

Agnès Naudin : Les viols conjugaux, c'est un viol dans un couple.


Pamplemousse : Et il y en a beaucoup ?

Agnès Naudin : On n'en entend pas beaucoup parler mais ça veut pas dire qu'il y en a pas. Il y a beaucoup de viols au sein des couples dont on ne parle pas. Le problème du viol conjugal, c'est qu'il y a le phénomène de l'emprise. Elle est très difficile à déterminer en pratique. Quand on a une femme qui est de nationalité étrangère, qui a des enfants et qui ne gagne pas d’argent, forcément les leviers pour en faire ce que l'on veut sont plus nombreux. Alors elle, elle peut dire "non" et il peut ne pas y avoir de violence mais si pour pouvoir être tranquille, elle est obligée d’écarter les jambes, est-ce que là on considère que c’est une viol ou pas ?



Pamplemousse : Pour vous, c'est un viol ou pas un viol ? 🤷‍♀️

Agnès Naudin : Pour moi ça en est un ouais, j'espère qu'un jour on en arrivera là c’est-à-dire qu’on dépassera la violence physique du viol pour en arriver à la violence morale. On doit reconnaître cela.


Pamplemousse : C’est passionnant...

Agnès Naudin : Oui ! C’est pour ça que c’est pas vraiment quelque chose qui est difficile pour moi parce qu’en fait, quelque part, je me protège en essayant de comprendre ce qu’il se passe en face de moi. Et donc je rentre dans un côté intellectuel de l'histoire et d'essayer de vraiment la comprendre au maximum et l’empathie, je la garde pour essayer de comprendre. J'essaie de laisser les émotions de côté.


Pamplemousse : Que peut-on améliorer dans la prise en charge des familles ?

Agnès Naudin : L’écoute, le temps, la bienveillance. Nous on a le temps. Dans les commissariats, ils l'ont moins et puis on rentre dans une telle routine en fait qu’au bout d’un moment, on oublie, on prend des automatismes et puis on a un objectif à remplir et… et voilà notre temps n’est pas nécessairement celui des victimes et on a tendance à l’oublier.


6 questions qu’on a toujours voulu poser à un policier


Pamplemousse : Vous avez déjà utilisé vos menottes de service dans l’intimité ?

Agnès Naudin : Non jamais.


Pamplemousse : Avez-vous déjà abusé de votre pouvoir de policier ?

Agnès Naudin : J'ai déjà roulé dans les voies de bus avec ma voiture perso.


Pamplemousse : On est choqués 😱

Agnès Naudin : Ouais, j'imagine !


Pamplemousse : Les flics mettent des amendes aux flics ?

Agnès Naudin : Non je pense pas. Mais en revanche, ça arrive que des gendarmes mettent des amendes aux flics.


Pamplemousse : Avez-vous déjà mis votre sirène pour rentrer du taf plus vite ?

Agnès Naudin : Non, pour arriver plus vite au travail, oui ! 🚓


Pamplemousse : Avez-vous des primes pour mettre des amendes ?

Agnès Naudin : NSPP.


Pamplemousse : Vous avez déjà eu des primes ?

Agnès Naudin : Non jamais, trop grande gueule.


On commence une phrase, vous la terminez !

Pamplemousse : Ce qui est cool quand vous êtes femme flic…

Agnès Naudin : Ce qui est cool quand on est femme flic dans la police, c’est qu’on nous prend pour des faibles.


Pamplemousse : Ce qui est dur quand vous êtes femme flic…

Agnès Naudin : Next !


Pamplemousse : À la BTPF j’ai beaucoup pleuré quand…

Agnès Naudin : À la BTPF, j’ai beaucoup pleuré quand je suis arrivée.


Pamplemousse : À la BTPF j’ai beaucoup ri quand…

Agnès Naudin : À la BTPF, j’ai beaucoup ri quand on parlait de cul !


Les conseils d'Agnès Naudin pour rejoindre la police


Pamplemousse : Avez-vous des conseils pour les abonnés de Pamplemousse qui voudraient rejoindre la police 👮‍♀️?

Agnès Naudin : Soyez vous-même, ne vous perdez pas, cherchez votre place. Finalement, il n’y a rien de pire qu’un étudiant qui arrive et qui se dit “tiens je vais rentrer dans la police” en s’imaginant qu’on est dans un western et parce que finalement ça fera ou quelqu’un de malheureux, ce qui n’est déjà pas cool, ou alors ce sera quelqu’un de malheureux avec du pouvoir et donc forcément, il rendra les autres malheureux et je pense qu’on a tous une grande responsabilité à savoir qui on est avant de rentrer dans la police.


Pamplemousse : C’est le rôle de l’université ?

Agnès Naudin : Non, je pense que c’est de la responsabilité personnelle de chacun d’apprendre à se connaître, à vraiment aller chercher au fond de soi de savoir pourquoi est-ce qu’on a envie de rentrer dans la police.


Pamplemousse : Demain, vous avez prévu quoi ?

Agnès Naudin : Demain il faut que j’écrive un courrier disant que je ne veux pas revenir dans la police.


Pamplemousse : OH la news ! 🔥 Pourquoi ?

Agnès Naudin : J’ai trouvé un autre moyen de pouvoir garder ma liberté de parole.


Pamplemousse : Énorme, donc au revoir la police ?

Agnès Naudin : Le prochain bouquin sur lequel j’ai travaillé traite du malaise dans la police, donc de toutes façons si c’est pas moi qui leur dit “je reviens pas” à un moment donné, ils vont me mettre dehors !


Pamplemousse : haha en effet... Quel est ton prochain projet ?

Agnès Naudin : Le prochain livre que je fais, c’est sur les disparus. C'est un recueil de témoignages de famille de disparus. Avec les dysfonctionnements de la justice... et des enquêtes etc. En gros, le droit ça peut aussi mener à un autre truc qu’on appelle “lanceur d’alertes” et c’est un peu ce que j’essaie de faire dans tous les sujets qu’on peut avoir. C’est démontrer les dysfonctionnements pour faire avancer les choses…


Pamplemousse : Merci Agnès !

Agnès Naudin : De rien...


Augustin Mercier


On vous conseille d'aller visionner son autre vidéo sur les viols conjugaux et cas de pédophilie (attention, certains propos peuvent choquer)



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