[Interview] d’un substitut du Procureur : “Une sorte de super avocat de l'Etat”

Mis à jour : nov. 10

PAMPLEMOUSSE N°4 > DANS LE TURFU > ARTICLE 15


Stéphanie est substitut du Procureur. C’est une sorte de super avocat de l’Etat. C’est lui qui se lève à l’audience pour défendre les intérêts de la société en proposant des peines adéquates pour le prévenu. Stéphanie nous livre tous les détails sur la profession dans une interview exclusive !👩‍⚖️

Le métier de substitut du Procureur


Pamplemousse : Bonjour Stéphanie, tu es substitut du Procureur dans le Nord-Pas-de-Calais depuis septembre 2019. C’était un vrai choix ?

Stéphanie : Être substitut du Procureur ? Tout à fait ! Dans le Nord-Pas-de-Calais ? Idem !


Pamplemousse : Quel est ton rôle en tant que substitut du Procureur ?

Stéphanie : Concrètement, avant l'audience, j'ai à charge la direction des enquêtes sur l'ensemble du ressort ; on se divise bien sûr le travail par contentieux sinon ça ferait trop. Les policiers ou gendarmes nous réfèrent de tout ce qui se passe sur le ressort, soit dans le cadre de la flagrance, à la permanence, soit en préliminaire, pour les enquêtes au plus long cours.


C'est ensuite à nous de décider ce que l'on fait de tel ou tel dossier : le poursuivre ou non, et si oui par quel mode de poursuite. C'est l'opportunité des poursuites (cf vos cours de procédure pénale).

Pamplemousse : Et si vous décidez de poursuivre un dossier ?

Stéphanie : Si on choisi de poursuivre un dossier et de « l'emmener » à l'audience, c'est à nous de faire en sorte qu'il soit en état, qu'il soit complet, pour pouvoir faire présenter au tribunal une personne pour quelle soit jugée de faits que nous aurons qualifiés.


A l'audience correctionnelle, notre rôle est un peu plus connu : nous sommes les magistrats à droite ou à gauche du tribunal, qui nous levons pour nos réquisitions.


Sorte de super avocat de l'Etat, nous représentons les intérêts de la société à l'audience.

C’est donc à nous d'expliquer en quoi l'infraction reprochée à l'intéressé est constituée, en quoi elle cause un trouble à la société, et la peine que nous estimons utile pour sanctionner ces faits.

Le tribunal ensuite tranchera, après avoir entendu l'avocat du prévenu.

Voilà, en gros ! Je vous fais grâce des quelques fonctions civiles et commerciales que nous avons également au parquet.


Pamplemousse : Très cool ! Et pourquoi as-tu choisi ce métier ?

Stéphanie : J'ai toujours eu un attrait particulier pour les fonctions de police et de justice - génération Faites entrer l'accusé bonjour! - et j'ai rapidement su que je voulais faire du droit pénal et intégrer la magistrature.


Via Instagram @Pamplemousse_magazine


Au delà de ça,

j'aime l'idée de participer à la justice et surtout le fait que travailler pour et avec les gens, de me sentir utile à la société.

Les fonctions de magistrat sont des fonctions éminemment humaines, avec des responsabilités importantes, et une traduction concrète et enfin appliquée des cours de droit !


La formation pour présenter le concours de l’ENM


Pamplemousse : Quelle formation as-tu suivi ? Y-a-t-il un cursus type à suivre pour présenter le concours de l’ENM ?

Stéphanie : Il n'existe pas de parcours type. Pour passer le concours, il faut simplement être titulaire d'un master 1. Mais dans les faits, la grande majorité des candidats possèdent un niveau master 2. Ce cursus ne doit pas forcément être en droit, même si bien sûr, vu la nature des épreuves, c'est tout de même beaucoup plus simple. Il y a aussi beaucoup de science po' qui candidatent -et ceux-ci ont souvent un avantage dans les épreuves de culture générale-.


Pour ma part, j'ai suivi un parcours classique de fac de droit. J'ai fait un master 1 Droit privé général et un master 2 Droit pénal et sciences criminelles, avec un stage de fin de master 2 au parquet (tiens donc!). J'ai ensuite pris une année pour préparer le concours de l’ENM, en faisant une classe préparatoire à l'IEJ de ma fac et une prépa privée par correspondance en parallèle.



Découvrez 5 étapes pour bien choisir son IEJ

Pamplemousse : Qu'est-ce que tu vises pour la suite ?

Stéphanie : J'évoquais les « fonctions de la magistrature », car même si j'ai choisi à la sortie de l'Ecole un poste de substitut,


nous sommes tous formés à l'ensemble des fonctions de magistrat, auxquelles nous pourrons prétendre tout au long de notre carrière

Ainsi, nous pourrions prétendre aux métiers de juge non spécialisé (civil, notamment juge aux affaires familiales, ou pénal), juge des enfants, juge des contentieux de la protection (anciennement juge d'instance), juge d'instruction, juge de l'application des peines, parquetiers, et plus tard également juge des libertés et de la détention.


Pour le moment je m’épanouis pleinement au parquet mais je n'exclue pas de demander un jour à changer de fonction pour aller au siège, par exemple pour faire juge de l'application des peines, matière qui me plaît beaucoup également. En tous les cas, nous changeons en principe assez régulièrement (mais pas trop quand même), de poste. La mobilité, surtout géographique, mais également fonctionnelle, est ainsi encouragée.


C'est un des grands avantages de ce métier : il permet véritablement d'exercer des fonctions très différentes au sein d'une même carrière.

Les compétences requises pour réussir l'ENM


Pamplemousse : Quelles sont pour toi les compétences requises (personnelles et scolaires) ?

Stéphanie : Au niveau scolaire, il faut forcément du sérieux, de l'application. Si bien sûr avoir des facilités et une bonne mémoire aidera beaucoup, le concours de l’École Nationale de la Magistrature demande en tous les cas beaucoup de travail. Il en va de même ensuite dans l'exercice de ces fonctions. Il faut toujours remettre ses connaissances à jour, au gré des réformes (nombreuses en ce moment) et des fonctions que l'on exerce.


Au niveau personnel, là encore le sérieux est de mise, et la fainéantise de préférence à éviter. Mais il faut aussi savoir être adaptable, ouvert d'esprit et accessible, pour ce métier qui, je le disais, est avant tout profondément humain. Enfin, une bonne dose d'humilité est toujours la bienvenue : certes il s'agit de fonctions à responsabilité, qui exigent d'une part de nombreuses prises de décision, et d'autre part que l'on renvoie une image de dignité et de sérieux, mais il ne s'agit pas de se prendre pour ce que l'on n'est pas !

Découvrez la suite de l’interview dans laquelle Stéphanie nous dit tout sur les concours de l’ENM

Pamplemousse : Merci Stéphanie !

Stéphanie : Merci la Team Pamplemousse !

Aurore Lafond

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