Les impacts du Covid-19 sur la profession d'avocat

Mis à jour : mai 8

PAMPLEMOUSSE 3 > ACTUALITE > ARTICLE 2

La crise sanitaire liée au Covid-19 impacte directement les professions du droit dont les avocats. La profession était déjà tourmentée. Le coronavirus sera venu mettre un coup fatal à beaucoup. Car aujourd’hui, une enquête du CNB montre que 28% des avocats envisagent de changer de profession. Nous faisons ici le point sur les conséquences du coronavirus et du confinement sur les avocats. 😑

Les 69 000 avocats de notre pays sont touchés par la situation sanitaire sur tous les plans : fonctionnel, économique et aussi psychologique.


L’impact économique du Covid-19 sur la profession d’avocat


À cause du Covid-19, 4 cabinets d’avocat sur 10 sont à l’arrêt. Et après on ose nous dire de ne pas avoir peur de plus petit que nous...


Pour continuer leur activité, les avocats ont dû repenser en profondeur leur métier. Et tous les avocats ne sont pas logés à la même enseigne : si les avocats faisant majoritairement du conseil ont pu continuer à travailler grâce aux nouvelles technologies (et voient en plus de nouveaux contentieux apparaître en droit du travail ou en matière de contrôle de police), pour les autres qui font du contentieux, la situation est bien plus compliquée. En effet, à date, la technologie ne suffit plus à maintenir les audiences et l’effectivité des mesures sanitaires reste contestable (qui l’eut cru ?).


Outre les conséquences importantes sur la situation par ailleurs de leur clientèle, les avocats du contentieux se retrouvent avec très peu de moyens financiers puisque, s’ils perçoivent le versement d’une provision, ils ne perçoivent pas le montant final qui doit leur revenir qu’une fois l’affaire terminée. Autant dire qu’avec une justice au ralenti, ils ne sont plutôt pas très bien lotis...


A ce stade, 86% des avocats n’auraient enregistré aucune rentrée d’argent au mois d’avril, et 6 avocats sur 10 auraient demandé l’aide de 1500 euros que le Gouvernement a mis en place pour les professions libérales.


Des aides et aménagements qui ne pourront sauver tout le monde


Selon Christiane Féral-Schuhl, présidente du CNB,« la réponse de l'Etat est insuffisante, inadaptée à notre profession. La grande majorité des avocats ayant un statut libéral, ils n'ont pas la protection sociale du salarié et la protection de l'emploi. Ils n'ont pas accès par exemple au chômage partiel ».


Difficultés financières, des cotisations qui continuent d’être prélevées, Christiane Féral-Schuhl, qui compare le Covid-19 à une “tornade”, des mesures provisoires qui donnent le tournis… Malgré cela, les avocats ont pu compter sur le bon accompagnement des instances représentatives, qui ont relayé les informations avec une certaine rapidité, comme ce guide d’aide du CNB à destination des avocats permettant ainsi aux avocats de trouver leurs repères et d’y voir le plus clair possible.


Christiane Féral-Schuhl, interrogée par Pamplemousse, annonce “une perte de 50% d’activité dans certains cabinets”. “Nous avons demandé à ce que les collaborateurs puissent bénéficier du chômage partiel, car les cabinets ne peuvent absolument plus les régler, que les indemnités particulières soient effectives, de faire en sorte que les AARPI puissent bénéficier des mêmes avantages que les petites entreprises pour, par exemple, obtenir l'exonération de certaines charges”.


28% des avocats déclarent qu'ils envisagent de changer de profession


"Les avocats se préparent à une longue séquence de secousses", déclare Christiane Féral-Schuhl.

Et ensuite, quelle sera la situation des avocats au sortir de la crise ? Eh bien, sur ce coup, personne n’a besoin de Madame Irma puisque le futur proche ne semble pas vraiment bon…

27 300 avocats envisagent de changer de profession

tandis que 5% des avocats envisagent de fermer leur cabinet. Seulement 3% des avocats pourraient conserver une activité normale. Sans aides importantes du Gouvernement, la profession et la défense des droits des justiciables risquent d’être en grand danger, et les jeunes avocats entrant dans la vie active risquent de faire face à de nombreuses difficultés.


Madame Féral-Schuhl affirme que “le CNB fait en sorte qu’un plan de reprise d'activité soit partagé, connu de tous, afin d’aider la profession à répartir”.


Côté charge de travail, et même si les nouvelles technologies ont pu être d’un certain secours et tendront dans le futur à trouver une place plus importante au sein de la justice, il n’en demeure pas moins qu’un retard important se sera accumulé dans les procédures et les affaires… un retard à rattraper donc.


Les conséquences du Covid-19 sur la santé mentale des avocats


C’est dans ce contexte chaotique que Maître Jean-Claude Sassatelli a publié son avis de décès ; le sien, mais aussi celui de la profession. Cet avis de décès, c’est un appel au secours. Cet acte est cependant loin d’être anodin, mais plutôt révélateur tant du déclin de la profession, mais aussi de l’état psychologique dans lequel se trouvent nos avocats. En effet, selon le psychanalyste Serge Hefez, cette publication est un acte très fort de désespoir.


L’accumulation des conséquences de la crise, mais aussi des difficultés déjà connues de la profession (notamment concernant la retraite), peuvent s’aggraver à la sortie de la crise, et entraîner de grandes souffrances.


Alors même si cette situation vous fait l’effet d’une tornade, d’un naufrage, ou d’un 14-18, nous sommes avec vous. Les avocats sont indispensables dans une démocratie, ils sont indispensables à tout à chacun dans la défense de nos droits, dans tous les aspects de notre vie.


Comme le disait Robert Badinter, « Le courage, pour un avocat, c’est l’essentiel, ce sans quoi le reste ne compte pas : talent, culture, connaissance du droit, tout est utile à l’avocat. Mais sans le courage, au moment décisif, il n’y a plus que des mots, des phrases, qui se suivent, qui brillent et qui meurent ».


On a besoin de vous, ne nous abandonnez pas.

Le saviez vous ?


  • Trois avocats Nîmois ont, ce mercredi 6 mai, déposé un référé devant le Tribunal judiciaire réclamant l’ouverture du tribunal des prud’hommes en urgence, à défaut de quoi l’Etat devra être contraint de verser 1000 euros d’astreinte par jour.

  • Sur le plan international, un collectif d’avocats nigérians souhaite poursuivre la Chine devant la Haute Cour fédérale de justice au Nigéria, réclamant 200 milliards de dollars de dommages pour ‘perte de vies humaines, désastre social, désorientation et perturbation de la vie des millions de nigérians suite à l’apparition du virus du Covid-19 dans la ville chinoise de Wuhan ». Le Gouvernement chinois appelle, lui, à la solidarité et non à recourir à des accusations.

  • Un géorgien, demandant sa remise en liberté, a été assisté par ses avocats par téléphone, en mode haut parleur.

  • Un avocat égyptien avait, lui, porté plainte contre le Président chinois, réclamant 10 milliards de dollars de dommages et intérêts, pour les mêmes raisons que précédemment.

Olivia Jean

LA SANTÉ MENTALE DES ÉTUDIANTS FACE AU COVID-19

RÉUSSIR LA NOTE DE SYNTHÈSE : LES 13 COMMANDEMENTS DE LA PRÉPA DALLOZ


Nos derniers posts

NOUS SUIVRE

  • Instagram
  • Facebook
  • Twitter
  • YouTube