[Vidéo] "La justice n'est pas considérée comme un chantier prioritaire" - Antoine Vey

Mis à jour : nov. 10

PAMPLEMOUSSE N°4 > DANS LE TURFU > ARTICLE 16



Antoine Vey, l'un des avocats pénalistes les plus bankables de la place parisienne et associé à Eric Dupond-Moretti (avant que ce dernier ne devienne Garde des Sceaux l'été 2020), a accepté de répondre à nos questions sur les violences policières, l'IGPN et la santé de la justice. Et tout ne semble pas rose dans le système. Immersion 👨‍⚖️⚖️


Faut-il supprimer l'IGPN ?


L’IGPN est à la fois juge et partie, comment peut-elle être être crédible ?

Ce qui est un peu triste, c'est de ne pas être capable d'organiser par exemple des enquêtes sur la police qui ne soient pas réalisées par des policiers, qui ne soient pas, d'une certaine façon, instrumentalisées. Il y a un pouvoir des syndicats de police dans la communication qui est extrêmement fort.


On est encore une fois dans un rapport de force qui tourne forcément envers ceux qui sont forts,

c'est à dire les policiers.


Soyons francs : faut-il supprimer l'IGPN ?

C'est une vraie question parce que il faut le supprimer mais le remplacer par quelque chose de mieux. En réalité ce qui est dommageable avec l'IGPN, c'est que dans l'opinion, il est assimilé à la police. Et donc on pense que c'est la police qui enquête sur la police.


De toute façon un enquêteur sera toujours un policier... Donc il faut peut-être le réformer, il faut peut-être le détacher...



Objectivement, c'est compliqué après je n'ai jamais été moi très très convaincu des décisions de l'IGPN mais... je pense que dans l'IGPN, il y a des gens qui essayent vraiment de faire leur travail

et que ce n'est pas facile quand on est policier d'enquêter sur des policiers.


Quel est le rôle des avocats dans ce débat sur les violences policières ?

Bah c'est déjà de porter la parole de ceux qui nous confient leur dossier et d'expliquer ce qui s'est passé pour essayer d'éclairer le juge et qu'il rende une vraie décision de justice.


C'est ensuite de

rappeler à l'opinion publique que les règles de droit ne sont pas forcément toujours faciles à comprendre mais elles ont toujours un intérêt à être respectées.

__ Lire aussi "Concours de police: les conseils d'une commissaire et professeur de droit pénal"

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Marion Maréchal Le Pen a déclaré : « Je n’ai pas à excuser en tant que blanche » - faut-il s’excuser d’être blanc ?

Non mais peut-être qu'il faut s'excuser d'être Marion Maréchal-Le Pen.


Si vous étiez Castaner, qu’est-ce que vous feriez ?

Alors je ne serais jamais Castaner en fait donc c'est impossible.

Je peux pas, c'est comme Michael Jordan : c'est pas moi quoi !

L'un des deux est un grand champion.


Quel est le problème principal de la justice en France ?

Contrairement à certaines autres démocraties, le droit et la justice n'est pas placé en priorité, on l'a vu pendant la crise du Covid-19 où on est capable d'aller faire nos courses au supermarché mais on n'est plus capable d'assurer des audiences.


La justice n'est pas considérée comme un chantier prioritaire. Un pays dans lequel on ne peut plus faire confiance à l'appareil de l'État pour trancher des litiges, c'est déjà un pays qui ne va pas très bien.


Quand on a 1% de PIB alors que les autres démocraties y consacrent 5 %, il y a effectivement pas de recette magique.

__ Lire aussi l'Interview exclusive de Christiane Féral-Schuhl : “Quand on joue, il faut jouer gagnant”

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Certains regrettent que les réseaux sociaux deviennent des tribunaux populaires...

Il y a une grosse responsabilité de ceux qui informent en fait. Heureusement que les gens peuvent avoir une opinion. Heureusement que les gens peuvent interagir, dire ce qu'ils pensent.

La vraie question, c'est que de dire ce qu'on pense ça implique de savoir ce qu'on pense.


Et il y a une facilité qui est prise par beaucoup de faire précéder l'opinion à l'analyse.

Maintenant, c'est le rôle de l'éducation en fait. Éduquons, éduquons ! Il y a pas d'autres systèmes en fait sinon c'est le totalitarisme.


Le jour où ça sera compliqué, c'est si une décision de justice est moins importante qu'un réseau social. Et c'est en train d'arriver en fait ! Il faut être très vigilant par rapport à ça.

Moi j'ai rien contre l'idée d'une justice qui fait peur.

Une justice dure mais une justice qui marche. Le problème, c'est quand vous avez une justice qui ne marche pas et qui est dure en plus.


__ Regarder l'interview totalement folle de Bertrand Périer

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Sur la profession d'avocat


30% des avocats quittent la robe après 10 ans d'exercice, ça vous inspire quoi ?

C'est pas non plus un objectif que 100 % d'une classe d'âge arrive à quelque chose.

Ce qui compte c'est qu'en fait, il n'y ait pas de Mozart assassiné. C'est-à-dire que les gens qui travaillent et qui sont bons réussissent, ceux qu'ils le sont moins ne réussissent peut-être pas.


Après je sais pas s'il y a une justice dans le barreau. J'espère que oui. J'en tire pas grand-chose en fait qu'il y ait 30% d'avocats qui quittent la robe. Il y en a qui deviennent directeur juridique, il y en qui font d'autres projets. Je sais pas si c'est la profession qui les expurge


La profession d'avocat, elle vous offre le droit de rêver.

En fait, vous rentrez au barreau, vous gagnez 500 balles mais vous avez le rêve d'un jour de gagner beaucoup d'argent vous avez une affaire de merde mais vous allez le rêve d'en avoir des très belles

donc en fait ça un salarié, il l'a pas !


Quel est votre meilleur conseil à un étudiant ?

Pour être très original, je lui dirais de faire ce par quoi il est passionné parce que

le jour où vous faites ce que vous aimez, vous n'avez plus l'impression de travailler.

Merci Maître

Merci la Team Pamplemousse !



Par Gustave Pépin

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