MonMaster : notes, lettres, stages… qui compte le plus ?
- La Team Pamplemousse

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Dernière mise à jour : il y a 7 heures
Olivier Renaudie, professeur de droit public à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et directeur du M1 Droit public général, répond aux questions des étudiants sur la sélection en master. Lecture des lettres de motivation, importance des stages, moyenne idéale, impact de la faculté d’origine, avis sur la réforme des masters… Découvrez toutes ses réponses sur les critères de sélection dans cette interview !
Sommaire :
Bonjour Professeur Renaudie ! Pour les pépins qui ne vous connaissent pas, pouvez-vous vous présenter ?
O. R. : « Bien sûr ! Je suis professeur de droit public à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et par ailleurs, je dirige l’école doctorale de droit de la Sorbonne, c’est-à-dire, là où on fait des thèses de droit ! Je suis aussi directeur du M1 Droit public général, mais également membre de l’équipe pédagogique du Master 2 Contentieux public. »
Merci ! Maintenant, passons aux questions qui intéressent nos étudiants 👀
Est-ce que les directeurs de masters lisent vraiment les lettres de motivation ?
O. R. : « Oui, mais il y a un système de pré-sélection obligé. Par exemple, pour le Master 1 Droit public général de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, il y a 110 places pour 1 500 candidatures : on ne lit pas 1 500 lettres de motivation.
Il y a un premier filtre qui est fait par les services de l’université (ce n’est pas une application, il n’y a rien de robotisé. Ce sont bien les gentilles personnes de l’administration !) pour faire en sorte de réduire de moitié le nombre de candidatures, afin que ce soit gérable par des êtres humains.
À la suite de ce premier filtre, des professeurs se répartissent les dossiers avec une grille de critères de sélection et ils ouvrent les fameux documents PDF qui composent les dossiers de candidatures en master.
Il faut être en mesure de savoir ce qu’on peut faire, dans le délai qui nous est imparti. C’est un sacré travail : il vaut mieux le faire à plusieurs, ce qui n’est pas toujours le cas. Nous avons cette chance, mais je connais des collègues qui dirigent seuls un diplôme et qui doivent s’atteler seuls à cette tâche, ce qui est, évidemment, très délicat. »
À quoi ressemble une bonne lettre de motivation ?
O. R. : « La bonne lettre de motivation, c’est celle qui doit vous toucher ; c’est lorsque vous trouvez une personnalité derrière celle-ci.
Il faut faire apparaître des qualités humaines, des parcours, des doutes, des projets professionnels.
Si vous lisez une lettre de motivation et que vous n’avez rien appris sur la personne, il n’y a pas de plus-value, voire peut-être une moins-value. Pourquoi voulez-vous faire ce diplôme ? Qu’est-ce qui vous a conduit à faire ça ?
Eh oui, cela signifie qu’il y a du boulot derrière tout ça (plus que de dupliquer des lettres) ! Mais, ce boulot peut payer pour celui qui ouvre et lit la lettre. »
Face à la charge de travail en licence 3 et au stress de la sélection, de nombreux étudiants nous ont confié rédiger leurs lettres de motivation à l’aide d’intelligences artificielles…
Faut-il éviter les lettres rédigées par IA ?
O. R. : « Oui, elles se ressemblent trop souvent : ne faites pas rédiger vos lettres de motivation par l’intelligence artificielle, mettez-y un peu de vous. Dans le cas inverse, vous risqueriez d’obtenir des lettres de motivation stéréotypées, on ne va pas s’en cacher. »
Quelle moyenne faut-il pour être accepté en master ?
O. R. : « Je dirais qu’il faut autour de 14 de moyenne générale (environ). C’est un seuil qui se dessine ces dernières années concernant le M1 Droit public général.
Néanmoins, ayez en tête qu’il est toujours difficile de répondre : ça dépend des années, du nombre de candidatures, de la qualité des dossiers.
C’est un fait qu’on constate : il y a des moyennes de plus en plus élevées, des dossiers de plus en plus riches, avec des stages, des bonnes notes, des lettres de recommandation, des activités annexes incroyables… Il y a une montée en puissance.
On peut faire le même constat sur la plateforme Parcoursup : il y a des dossiers de lycéens qui sont de plus en plus enrichis dans tous les domaines. »
N.B. : cette moyenne est celle attendue par le professeur Renaudie dans le cadre de son master, il est possible que d’autres directeurs de masters donnent une réponse quelque peu différente pour leur diplôme.
Les notes comptent-elles plus que les stages ?
O. R. : « La réalité, c’est que vu comment la sélection est opérée, ce qui prime, ce sont les notes. La personne qui a des notes moyennes, peut-être, ne passera pas le premier filtre, et nous n’aurons pas l’occasion de voir les différents stages qu’elle a pu effectuer ou la qualité de sa lettre de motivation. Avant tout, il faut avoir de bonnes notes.
En revanche, dans la phase de sélection où on choisit des personnes pour intégrer le master, entre une personne qui a 14 de moyenne et aucun stage et une personne qui a cette même moyenne en licence 3 et deux stages à son actif, une lettre bien troussée, un objectif professionnel qui correspond parfaitement au master, c’est là que la différence sera faite. »
Que dire à un étudiant qui a eu une mauvaise note ?
O. R. : « En premier lieu, que c’est tout à fait normal d’avoir une mauvaise note. À un moment, quand on découvre le droit et toutes ces nouvelles matières en licence, c’est plutôt bon signe de se tromper.
On a des bonnes et des mauvaises notes. Ces dernières nous remettent en question, on travaille autrement et on fait en sorte de progresser pour avoir de meilleures notes plus tard. C’est la vie. Et la vie professionnelle sera aussi complexe ! On va mal gérer certains dossiers, on va faire des bêtises.

Il y a plein d’étudiants qui ont des mauvaises notes au cours de leurs études et qui connaissent pourtant une belle carrière ! Pour aller plus loin, il y a aussi des étudiants qui n’ont pas le master de leurs rêves et qui, de ce fait, pensent qu’ils sont détruits…
Finalement, ils en font un autre, et tout va bien après ! Parfois, changer d’université (même si vous ne l’avez pas souhaité) est bénéfique : vous changez d’air, vous vous adaptez à un nouvel environnement, vous rencontrez de nouvelles personnes et vous apprenez de nouvelles choses.
Ces changements apprennent et préparent à la vie professionnelle, car cette dernière ne sera probablement pas dans la même boîte, dans la même ville, donc c’est bien !
Hélas, l’université qui est le lieu pour cela, est, ces dernières années, devenue une machine à sélectionner, un peu froide et impersonnelle. »
Quels sont les critères de sélection en master de droit ?
O. R. : « Les critères de sélection sont simples :
Les notes obtenues, en particulier, celles dans les grandes matières du droit public à l’occasion de la licence ;
La moyenne générale ;
Le parcours ;
La lettre de motivation ;
Les objectifs professionnels. »
N.B. : ces critères de sélection sont ceux à respecter pour intégrer le M1 Droit public général dirigé par le professeur Renaudie. Il est possible que d’autres directeurs de masters aient un classement différent.
Mais, si nous avons des lecteurs intéressés par ce diplôme, vous savez ce qu’il vous reste à faire !
Quelles matières étudier pour intégrer le Master 1 Droit public général ?
O. R. : « Le droit constitutionnel et le droit administratif pour les deux premières années de licence. En licence 3, il y a le droit des libertés fondamentales, le droit administratif des biens, le contentieux administratif et le contentieux constitutionnel.
Selon les facultés, ces quatre matières ne sont pas toujours enseignées en licence 3. Parfois, il y en a 3, voire 2, tout dépend de la façon dont les maquettes sont conçues. »
3 conseils pour entrer dans votre M1 Droit public général
O. R. : « Premier conseil : travaillez régulièrement pour avoir les meilleures notes.
Deuxième conseil : suivez les questions de droit public autrement qu’en assistant à des cours magistraux, notamment de façon plus dynamique. Souvent, quand vous écoutez un cours, vous êtes passifs et pourtant, il y a de multiples manières de s’informer en droit public (ex. : en suivant des personnalités sur les réseaux) !
Troisième conseil : ne négligez pas les fondamentaux du droit en tombant dans le piège de la sur-spécialisation. Il faut être un juriste généraliste et veiller à acquérir des connaissances dans les domaines classiques du droit et pas seulement dans le petit domaine dans lequel on veut se spécialiser. »
Est-ce qu’on peut avoir un master sans passer par MonMaster ?
On a reçu plusieurs témoignages de personnes n’ayant pas eu de master par la voie officielle (c’est-à-dire par MonMaster), mais par une voie plus officieuse… Par exemple, en venant effectuer une plaidoirie à la rentrée, dossier papier en main ! Est-ce que ça vous est déjà arrivé ? Si oui, comment avez-vous réagi ?
O. R. : « Pour tout vous dire, cette situation est déjà arrivée ! C’était un étudiant qui avait fait 500 km pour assister à la réunion de rentrée, alors qu’il n’avait pas été pris.
Il avait pris son dossier dans une enveloppe kraft et il m’a simplement dit qu’il avait traversé la France pour me déposer en mains propres son dossier et qu’il n’y avait que ce master qu’il voulait faire.
Je l’ai pris, ça s’est très bien passé pour lui. Il est aujourd’hui avocat en droit public, il est le plus heureux du monde et c’est magnifique quand ça arrive !
Cependant, ne faites pas ça ! [Rires] C’est très (très) exceptionnel. C’est sans doute une prérogative en tant que directeur de master. Cette année-là, j’avais eu un désistement, donc une place s’est libérée, je suis rentré avec son dossier.
On avait déjà utilisé la liste d’attente à la fin du mois d’août pour remplir les quelques places qui nous restaient… Il y a parfois des heureux hasards dans la vie ou des coïncidences magnifiques, mais cela reste, j’insiste, très exceptionnel.
Pourquoi ? Tout simplement parce qu’on remplit totalement les capacités des masters 1 et 2, parfois même un peu plus que ce à quoi on a droit, donc nous n’avons plus de places au moment de la rentrée.
Autre anecdote : j’ai aussi eu un étudiant qui est venu me voir tous les jours de la semaine en septembre, à la rentrée, en me disant qu’il voulait faire ce master. Il m’attendait à l'entrée de mon bureau tous les jours !
Je l’ai pris, c’était une motivation incroyable, il se passait quelque chose. Vous dites non, une fois, deux fois… Puis le vendredi, nous sommes allés au service scolarité et il a intégré le master.
C’est une expérience différente : c’est l’expression d’une motivation qui va bien au-delà d’une lettre. Vous sortez du lot, vous mettez un visage, un nom et aucune lettre ne pourra traduire cette motivation.
Et en réalité, on peut toujours ajouter un ou deux étudiants en plus (mais pas plus). Simplement, parfois, nous disons stop, car nous avons trop de demandes : on ne peut pas ajouter 20 étudiants à la rentrée. S’il y en a une ou deux, c’est possible. »
La fac d’origine compte-t-elle pour être pris en master ?
O. R. : « Nous avons des promotions qui sont composées d’environ deux tiers / un tiers. Il y a deux tiers des étudiants qui ont réalisé leur licence 3 à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et il y a un tiers qui vient du reste de la France.
S’il y a une préférence, elle est minime, mais elle existe : il y a une petite “prime” aux étudiants de Paris 1, mais c’est très important pour un diplôme d’être ouvert aux étudiants de la France entière. »
Que pensez-vous de la plateforme MonMaster ?
O. R. : « MonMaster aide à compiler les données, c’est l’avantage qu’on peut lui trouver. C’est plutôt bien fait pour extraire des données et ensuite, sur la base d’un certain nombre de critères qu’on fait rentrer dans un tableau, opérer une première sélection.
La plateforme, formellement, a des qualités. J’ai moi-même connu un temps où on envoyait des dossiers par La Poste, un par un ! Donc, évidemment, cette plateforme qui permet de candidater dans une quinzaine d’établissements en quelques clics a des vertus extraordinaires.

À 19 ou 20 ans, nous ne sommes souvent pas capables de faire de tels choix. Le reproche que je fais à la sélection en master, c’est d’arriver trop rapidement dans le cursus des étudiants. Cela signifie qu’il y a des étudiants qui ne pourront pas se révéler tard…
Le système, tel qu’il est mis en place aujourd’hui, avec cette sélection en milieu d’année en licence 3, implique de faire des grands choix et de se spécialiser avec 2 ans et demi de droit “dans les pattes”…
Ce sont des choix qui vont vous orienter pour la vie, c’est un peu lourd et difficile. Beaucoup d’étudiants le vivent mal. En tant que directeur de diplôme, je soutiens que c’est précoce et c’est dommage. »
Que pensez-vous de la sélection en master ?
O. R. : « Cette réforme a suscité du sur-stress chez les étudiants en droit, alors qu’initialement, ce n’étaient pas des études stressantes. Une fois qu’on y était, nous pouvions suivre nos années sereinement.
Maintenant, je vois des étudiants en licence stressés… Ça me fait beaucoup de peine, car ils vont avoir une mauvaise note à un galop ou à une interrogation et ils estiment que la vie est finie, qu’ils n’auront pas le master de leur rêve.
Ça crée des situations de pleurs, de stress, de rejet, à la fois personnelles et collectives. Ça m’embête pour eux, car ce sont tout de même de très belles années.
Je sens les étudiants beaucoup plus stressés qu’avant. Avant cette sélection, nous ne ressentions pas ce stress. Il suffisait d’avoir quelques bonnes notes en master 1 pour avoir un bon master 2.
On n’allait pas regarder votre note en droit constitutionnel en première année, moment où vous découvriez le droit. De même, on n’allait pas regarder : “ah, vous avez redoublé, c’est très grave”. C’est ça que ça suscite !
Entre deux dossiers, vous allez avoir un étudiant qui a redoublé sa L1 ou sa L2, son parcours est moins linéaire que celui qui n’a pas redoublé : soit la machine, soit les effets de seuil vont l’écarter, alors que c’est juste un étudiant qui a eu du mal au début et pour qui, par la suite, tout a roulé. Ça, c’est vraiment dommage. »
FAQ sur les masters
Combien de vœux peut-on faire sur MonMaster ?
Lors de la phase principale, vous pouvez formuler 30 vœux maximum : 15 vœux dans des formations hors alternance et 15 vœux dans des formations en alternance.
Lors de la phase complémentaire, vous pouvez formuler 20 vœux maximum : 10 vœux dans des formations hors alternance et 10 vœux dans des formations en alternance.
Petite précision : sur MonMaster, un vœu correspond à une « mention de master » dans un établissement donné. Donc, si vous candidatez à plusieurs parcours d’une même mention dans la même université, ça ne compte que pour 1 seul vœu.
Exemple : si vous candidatez dans une université pour la mention Droit privé, pour 2 parcours (droit privé général ; contrats, responsabilité et biens), cela correspond à 1 vœu (car c’est la même mention, dans le même établissement). |
Que faire en cas de refus sur MonMaster ?
Si malgré vos nombreuses candidatures vous n’avez reçu que des refus, plusieurs options s’offrent à vous : faire un recours gracieux, saisir le rectorat, réaliser une année de césure, préparer un diplôme universitaire, chercher un stage ou un emploi en lien avec votre domaine d’études… Nous avons rédigé un article entier à ce sujet (sur vos recours et vos autres options).
Comment devient-on directeur de master ?
O. R. : « Je pense que c’est sûrement différent selon les universités, mais à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, les directions tournent. Il y a énormément de diplômes, donc on exerce ces fonctions entre 5 et 10 ans et on essaie de garantir que cela ne soit pas toujours les mêmes personnes. Nous sommes désignés par nos pairs au terme d’un système de rotation. »
Est-ce une fonction rémunératrice ou est-ce un titre honorifique ?
O. R. : « Non, il n’y a pas de rémunération particulière, mais plutôt un système de primes (légères). C’est en effet un titre à faire valoir à l’université. En réalité, le plus intéressant et le plus remarquable, ce sont ceux qui, parmi nos collègues, créent des masters pour correspondre aux aspirations de la société, aux évolutions du droit. »
Comment fait-on pour créer un master ?
O. R. : « Pour des raisons budgétaires, il est plus difficile aujourd’hui par rapport à avant de créer un master. Cela a un coût, mais le droit est une matière vivante : on ne peut pas rester avec une offre de formation qui serait la même qu’il y a 20 ans.
Vous avez des matières qui ont émergé, comme le droit de l’environnement, le droit de la santé, le droit du numérique et l’intelligence artificielle également. Ces matières ont pris une place considérable durant les dernières années !
Il faut que l’université réponde à ces nouvelles problématiques que connaît la société, par des diplômes ciblés, portant sur ces questions. »

