[Interview] Concours ENM : “la motivation c’est la moitié du travail”

Mis à jour : nov. 9

PAMPLEMOUSSE N°4 > ORIENTATION > ARTICLE 11



Ah l’École Nationale de la Magistrature (ENM) ! Elle fait rêver plus d’un étudiant en droit et pourtant, le chemin n’est pas facile pour y entrer. Alors on est allé voir Stéphanie qui a passé les concours de l’ENM pour tout savoir sur leur préparation et comment les appréhender. Prépa privée, organisation, vie sociale, rythme et vie à l’école…. tout y passe ! Interview ! 👩‍⚖️

Comment se passe la préparation du concours de l’École Nationale de la Magistrature ?


Pamplemousse : Bonjour Stéphanie, tu es substitut du Procureur dans le Nord-Pas-de-Calais. Comment se passe la préparation du concours de l’École Nationale de la Magistrature ?

Stéphanie : De mémoire, les inscriptions ont généralement lieu en février, les épreuves écrites ensuite en juin, résultats des écrits fin juillet, oraux de septembre à décembre, résultats en décembre et rentrée en février de l'année d'après. Toutes les informations sont disponibles sur le site internet de l'Ecole nationale de la magistrature.


Faut-il faire une prépa privée pour réussir le concours ENM ?

Selon toi, la prépa privée est obligatoire ou non ?

Il n'y a rien d'obligatoire. Il y a de très bons IEJ qui permettent de préparer le concours. Mais attention, pas tous. En tous les cas, il convient de trouver la manière dont on veut soi même travailler. Le programme du concours est dense mais suffisamment détaillé sur le site de l'ENM : le préparer seul à la BU me paraît possible, avec tous les manuels à disposition. Attention tout de même à trouver un moyen de travailler la méthodologie qui est particulière. Il y a des annales et des exemples de copies également sur le site.

Du coup, quels avantages à préparer les concours de l’ENM avec une prépa privée ?

L'avantage d'une prépa privée ou d'un IEJ va demeurer dans les différentes épreuves blanches qui pourront être proposées, avec des correcteurs, car à mon sens l’entraînement est primordial.

Elles fournissent également des poly par matière, ça permet d'éviter de se disperser dans différents manuels.


Mais chacun ses préférences et sa manière de travailler : certains vont être rassurés d'avoir une classe, un cadre, d'autres vont préférer travailler en autonomie par exemple.


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Découvrez "Comment préparer et réussir les concours d’accès à l’ENM ?"

Lisez aussi "5 étapes pour bien choisir son IEJ"

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Il n’existe pas des classes préparatoires intégrées ?

Si ! Il existe également des classes préparatoires intégrées (3, à Douai, Paris et Bordeaux) : il s'agit de classes préparatoires gérées par l'ENM, gratuites, accessibles sur critères sociaux. Une prépa privée représente un certain coût. Ces classes ont été créées pour pallier les écarts et faciliter le recrutement de tous, et leurs résultats sont bons.


Crédits Poney du Droit


Conseils de préparation et d'organisation des concours de l’ENM


Quels sont tes conseils pour les étudiants qui souhaitent se lancer dans le concours de l’ENM?

Y croire et rester motiver.

La motivation, je pense que c'est déjà la moitié du travail de fait.

Alors si au détour d'une audience, d'un passage dans un tribunal -et je le rappelle, les audiences sont publiques, alors n'hésitez pas à y aller - si l'envie vous prend de participer à l'institution judiciaire, surtout ne vous en empêchez pas.



Il paraît que faire assistant de justice peut être une bonne formation pour préparer l’ENM ? True story ?

Oui, je le conseille ! De nombreux candidats sont ou ont été assistants de justice dans les tribunaux : c'est ce que j'aurais tenté de faire si j'avais dû passer une deuxième fois le concours. Avoir travaillé en juridiction permet d'acquérir une bonne expérience, ce que l'on pourra faire valoir lors du concours et qui pourra faciliter certains apprentissages.


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Découvrez “L’assistant de justice fait le même job qu’un magistrat, mais payé au SMIC

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Comment t'es-tu organisée pour réviser les concours de la magistrature ?

Je faisais la classe préparatoire de l'IEJ de ma fac, et une prépa privée en parallèle, par correspondance. L'IEJ me permettait d'avoir un cadre, des camarades de classe, un accès à la BU, des professeurs que je connaissais et qui étaient disponibles, et la prépa privée me permettait d'avoir des poly, d'autres interlocuteurs, plus d'exercices...


Après mon master 2, d'abord, j'ai bien soufflé pendant l'été !


Il faut se ménager, la suite de l'année sera un marathon.

J'ai commencé les révisions en septembre avec la rentrée de l'IEJ, avant d'intensifier le rythme en novembre et ce jusqu'en juin.


Ça fait un peu long ça !

Oui, c'est long, c'est fatiguant, on ne va pas se mentir. Il faut se discipliner et trouver son propre rythme. Pour ma part, j'essayais d'alterner les matières que je révisais et puis quand j'avais vu tout le programme et fais des entraînements... Je recommençais !


En parallèle, il y a également l'épreuve de culture générale. Il faut se tenir au courant de l'actualité, lire la presse, s'intéresser un peu à tout. C'est l'occasion de faire des pauses : lire, regarder des films, aller au musée etc...

Je n'évoque là que les écrits, parce qu'il faut déjà réussir cette première étape,


mais pour les oraux un seul conseil : ne pas attendre les résultats !

Le programme est encore une fois dense et c'est difficile de « perdre » un mois de révision le cas échéant.


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Découvrez “CRFPA, faut-il faire une prépa privée pour réussir ?

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Quelles difficultés peut-on rencontrer lors de la préparation du concours de l’École Nationale de la Magistrature ?


Est-ce qu'on peut garder une vie sociale quand on prépare les concours de l’ENM ?

Il faut ! Nul ne peut supporter de vivre plus d'un an dans une grotte, même si parfois ça ressemble à ça, on ne va pas se mentir


vive les journées déprime à rester en pyjama à réviser, où le seul déplacement est celui fait de son lit à son bureau!

Et puis ce serait inquiétant sur les professionnels que nous serions ensuite...


Alors bien sûr qu'il faut trouver un moyen de s'aérer l'esprit, de voir du monde, de faire du sport, de sortir un peu. Raisonnablement, c'est mieux. Pour moi le problème n'était pas de sortir, mais de réussir à se lever le lendemain matin, alors oui parfois on part plus tôt, on boit moins, on zappe l'anniversaire de tata Bidule qui aurait duré de 11h à 18h30 le soir (bon en même temps ça peut parfois être une bonne excuse!) mais promis : on se rattrapera arrivé à l'ENM !


Quelles sont les difficultés que tu as rencontrées dans ta préparation des concours de l’ENM ?

Il y a forcément des moments d'abattement, surtout quand les notes obtenues aux premiers examens blancs ne suivent pas. Et puis quand on manque certains événements personnels. Je le disais, la préparation du concours de l’ENM est un marathon, c'est fatigant et parfois il y a l'envie de tout arrêter puisque de toute façon on ne l'aura jamais et on ne sait pas pourquoi on fait tout ça. Mais il faut tenir bon, aller souffler, faire une pause de quelques jours si on en a besoin.


Le plus important à mon sens, c'est la motivation.

Bien sûr, il y a le soutien de son entourage qui compte également et qui aide à se remotiver quand on a l'impression de ne plus être bon à rien.


Comment se déroule la formation à l'ENM ?


Comment se passe la formation une fois le concours de l’ENM réussi ?

Ok parlons de choses plus réjouissantes ! Le concours est réussi alors surtout en premier lieu, on fête cela comme il se doit !

La scolarité commence un peu plus d'un mois après les résultats. Elle dure en tout 31 mois, en alternant les périodes de cours -à l'ENM, à Bordeaux- et de stages : avocat, police, gendarmerie, administration pénitentiaire, protection judiciaire de la jeunesse, et bien sûr en juridiction. La formation est très complète à mon sens, pas tous les jours facile, mais c'est une expérience très riche.

A l'issue de cette formation, et de quelques épreuves -et non l'effort n'est pas fini-, il y a le choix de poste, en fonction du classement ainsi établi.


Et si c'était à refaire ?

Je le referai sans hésiter. Le concours était dur et il y a eu des mauvais moments, quelques cheveux gris, beaucoup de kilos perdus. En poste c'est pareil, il y a des journées qui se finissent tard la nuit, des moments difficiles, stressants, des moments où l'on a l'impression de ne plus avoir de vie à soi. Mais j'ai la chance d'exercer une fonction passionnante, incroyablement riche. J'ai également fait beaucoup de belles rencontres. J'aime les responsabilités qui sont les miennes, le lien avec les justiciables, avec les enquêteurs, avec les autres professionnels de la justice, les moments d'audience... et même à l'audience pénale, il y a de beaux moments. Heureusement !




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Découvrez la suite de l’interview dans laquelle Stéphanie nous dit tout sur la profession de substitut du Procureur

Aurore Lafond

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