[Interview] Amandine, Conseillère Pénitentiaire d’Insertion et de Probation


PAMPLEMOUSSE N°5 > DANS LE TURFU > ARTICLE 14


Amandine est conseillère pénitentiaire d’insertion et de probation. Elle aide à la prise de décision judiciaire, participe à l’exécution des peines et à leur individualisation. Elle propose aussi des mesures d’aménagement de peine et veille au respect des obligations prononcées par le tribunal. Découvrez tout ce qu’il faut savoir sur le métier de CPIP. 👮


Hello Amandine, peux-tu te présenter et nous dire quel est exactement ton métier ?

Je m’appelle Amandine, j’ai 28 ans et je suis depuis peu officiellement Conseillère Pénitentiaire d’Insertion et de Probation.


J’ai passé le concours en 2018, intégré l’Ecole Nationale d’Administration Pénitentiaire (ENAP) en septembre 2018 et je viens de finir récemment la formation qui amène à la titularisation.


🤔 Pourquoi devenir conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation?


Une femme qui travaille dans le milieu carcéral, c’est pas commun. Pourquoi avoir choisi ce métier de CPIP ?

Ce choix de métier n’est pas une vocation, mais plutôt une destination que j’ai découverte au fil de mon parcours universitaire et de mes rencontres professionnelles.


Je recherchais un métier où le droit et les sciences humaines pouvaient se croiser. J’ai trouvé celui où ils étaient complémentaires.

Travailler avec l’humain était une vocation puisque j’ai fait des études de psychologie. Mais le monde judiciaire m’a toujours intéressée.

Ce n’est pas anodin d’entrer dans l’administration pénitentiaire. On y voit des situations parfois difficiles, tant humainement que juridiquement. Les lieux d’exercice sont parfois rudes.

Mais les missions que nous remplissons sont nobles et servent la société.


Quelles sont pour toi les compétences requises pour exercer ce métier ?


Pour moi, il est important pour être CPIP d’avoir et de développer des qualités qui sont propres aux relations humaines : avoir le sens de l’écoute, de l’empathie et faire preuve de tolérance.


Il faut également être capable de prendre du recul et d’auto-analyse, mais aussi pouvoir travailler en équipe.


Enfin, ce métier demande de l’adaptabilité, tant aux personnes et aux situations que l’on rencontre, mais aussi face à l’institution et les demandes du métier en lui-même, c’est-à-dire avoir des connaissances dans le domaine judiciaire, psychologique, criminologique et social.



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👮 Les études et le concours pour devenir CPIP


Quelle formation et concours faire pour devenir conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation ?


J’ai suivi une formation en psychologie plutôt spécifique.

Après une licence en psychologie effectuée à l’Université de Strasbourg, j’ai intégré un master de


psychologie spécialisé en criminologie et victimologie à l’Université de Poitiers. J’avais donc dans mon bagage universitaire des connaissances en sciences humaines et en droit notamment pénal.


Il n’y a pas de cursus type pour se présenter au concours. On y rencontre des sortants de l’université mais aussi des reconversions professionnelles venant de secteurs variés (secteur administratif, hospitalier, social, éducateur spécialisé, etc.).


Cette diversité de profils fait la richesse du métier.

Depuis 2019, les conditions d’accès au concours de CPIP ont changé, et nécessitent d’avoir un BAC +3 ou diplôme équivalent.


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Comment se déroule le concours pour devenir CPIP (inscription, calendrier)?


Concernant le calendrier, il est important de se renseigner sur le site du ministère de la justice pour avoir des informations précises.


Les inscriptions du concours conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation ouvrent en novembre et se terminent fin décembre/début janvier.

Il y a deux conditions d’accès pour le concours CPIP :

  • pour les externes, c’est-à-dire ceux qui sont hors de la fonction publique ;

  • pour les internes qui exercent dans une des 3 fonctions publiques.

Les épreuves d’admissibilité ont des modalités différentes selon qu’on soit externe ou interne :

- en externe : on passe le concours écrit courant février, sur deux jours. Le premier jour est une épreuve de culture générale d’une durée de 4h. Le deuxième jour, c’est une épreuve de note de synthèse d’une durée de 3h.

- en interne : c’est une épreuve de note administrative.

Puis, si vous êtes admissible, avant la dernière épreuve, vous effectuez un stage de découverte du métier de CPIP sur deux jours, courant le mois de mai.

Enfin, une épreuve orale a lieu entre mai et juin :

  • Si vous êtes externe, après tirage au sort d’une question de culture générale, qui permettra d’ouvrir l’échange, vous aurez 15 min d’exposé puis 20 min d’échange avec le jury. Cela pourra porter sur votre exposé, sur votre personnalité, votre parcours universitaire et/ou professionnel et des mises en situation.

  • Si vous êtes interne, vous avez le choix entre l’épreuve d’entretien de recrutement sur votre parcours professionnel ou la reconnaissance des acquis de votre expérience professionnelle (RAEP) si vous avez une expérience professionnelle minimale de 3 ans.

La liste des admis est transmise courant juin.

Y a-t-il une forte sélection au concours CPIP ?


La sélection se fait de manière nationale. Il n’y a pas de limite d’inscription mais il y a une limite de postes ouverts. Le nombre de postes ouverts n’est jamais le même selon les années et est déterminé dans un arrêté qui est communiqué avant les épreuves écrites d’admissibilité.


La sélection est donc plutôt forte.

Sans avoir les chiffres exacts, en 2018 lorsque j’ai passé le concours, 203 postes étaient ouverts, avec une sélection nationale de plus de 1000 personnes.


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Le saviez-vous ? Le taux de réussite au concours de CPIP était en 2018 de 20%

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📝 Préparer le concours pour devenir conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation




La prépa pour préparer le concours de CPIC est-elle obligatoire?


Personnellement, à la suite de mon Master, j’ai intégré la Classe Préparatoire Intégrée (CPI) proposée par l’Ecole Nationale de l’Administration Pénitentiaire (ENAP) située à Agen.


En plus d’être au coeur de cette administration, qui permet d’échanger avec les formateurs mais aussi avec les élèves, celle-ci prépare à quatre concours :

  • CPIP,

  • Lieutenant Pénitentiaire,

  • Directeur Pénitentiaire d’Insertion et de Probation (DPIP),

  • Directeur des Services Pénitentiaires (DSP).


Il y a des conditions et une sélection pour intégrer la CPI. Vous pourrez trouver toutes les informations sur le site de l’ENAP.

Effectuer une classe préparatoire n’est toutefois pas obligatoire. Certaines personnes réussissent le concours sans en bénéficier.

Le concours CPIP peut donc se préparer seul, avec des livres sur la culture générale, mais aussi et surtout à travers l’actualité, française ET étrangère pour ouvrir son champ de vision. Il faut pouvoir savoir ouvrir le débat à travers la dissertation.

Concernant la note de synthèse, si vous en n’avez jamais rédigé ou si vous n’y êtes pas habitué, l’apprentissage de la méthode me semble importante.


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Comment t'es-tu organisée pour réviser le concours ? Tu as des tips ?


L’organisation de son temps et les méthodes de révision sont propres à chacun. Les miennes ne sont donc pas forcément adaptées à tout le monde. C’est à chacun de trouver sa propre façon de faire.

Pour ma part, sortant de l’université, j’ai gardé le même rythme qu’en étant étudiante. Les premières épreuves tombaient en janvier l’année où je passais le concours, ce qui correspondait aux mêmes dates que les partiels à la faculté. J’ai donc commencé à m’y mettre dès septembre, avant même l’ouverture des inscriptions.


Pour commencer, j’ai préparé mes fiches de révision : j’ai divisé la culture générale en thème (famille, sport, culture, environnement, travail, santé, etc) et j’ai fait des fiches de révision qui comprenaient des définitions de termes, notions, concepts qui me semblaient importants dans le domaine, des textes de loi qui étaient en lien, les dates de l’histoire, les acteurs (auteurs, artistes, homme politique, scientifique, etc) importants dans le domaine.


Et chaque fiche était complétée au quotidien par l’actualité qui en traitait, afin d’avoir une vision large du sujet et un regard récent sur le domaine, jusqu’au jour j.


Mes révisions pures ont débuté 2 mois avant les épreuves écrites.

Pour la note de synthèse, sur le site du ministère de la justice, il y a une rubrique « préparer le concours », où se trouvent les sujets passés. Cela donne une idée de ce qui sera demandé le jour de l’épreuve.

Une fois les épreuves écrites passées, pas de pause. On n’attend pas d’avoir les résultats d’admissibilité pour préparer l’oral. Celui-ci demande aussi des révisions et de l’entraînement, si comme moi, on n’est pas à l’aise à l’oral.

Pour le préparer, tout en continuant à mettre à jour la culture générale, j’ai appris :

  • les missions de mon « futur » métier,

  • à distinguer les différentes structures et milieu d’accueil des personnes placées sous main de justice,

  • les chiffres importants de l’administration pénitentiaire (nombre d’établissements pénitentiaires, nombre de service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP), nombre de CPIP, nombre de personnes détenues, etc),

  • les différentes mesures,

  • les étapes dans la chaîne pénale où le CPIP peut intervenir,

  • connaître ma hiérarchie, etc.

  • Tout ce qui correspond au ministère de la justice, à l’administration pénitentiaire, au SPIP et au CPIP.

Quelles sont les difficultés que tu as rencontrées durant la préparation du concours?


Ma principale difficulté a été de me confronter à mes propres limites.

Je n’étais pas habituée à ce genre d’épreuves écrites. Il m’a donc fallu acquérir une grande rigueur.

Mais aussi, l’épreuve orale a été une source de stress, comme évoqué précdemment, j’étais mal à l’aise dans ce contexte.

Comment as-tu réussi à surmonter les difficultés durant la préparation du concours?

L’entraînement. Je me répète mais sans cette étape, je n’aurais pas été préparée et surtout prête les jours-j.

Celle-ci est difficile parce qu’elle m’a montrée mes faiblesses mais elle m’a permis de développer ma confiance en moi et d’assumer ce que j’étais et ce que j’avais (comme connaissances, qualités et défauts).

Les jours des épreuves du concours, on ne se présente qu’avec nous-même.


Il est donc important de bien se connaître pour donner le meilleur de nous-même.

__________ Consultez également l’interview d’un substitut du procureur

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🏫 Déroulé de la formation de CPIC après le concours


Comment se déroule la formation au métier de CPIC une fois le concours réussi ?


La formation initiale à l’ENAP dure 2 ans. Elle alterne entre la théorie (des cycles à l’ENAP) et la pratique (des stages).


La première année, il y a en tout 6 cycles, d’une durée totale de 22 semaines.


Concernant les stages :

  • il y a un stage découverte du milieu carcéral (pour les externe)/ PJJ (pour les internes) de deux semaines,

  • 3 stages en SPIP d’une durée totale de 15 semaines,

  • 1 stage découverte en Tribunal de Grande Instance d’une semaine.

Concernant l’évaluation de la première année :

- les stages en SPIP sont évalués et notés par les lieux de stage,

- concernant la théorie, il y a 4 épreuves écrites et une épreuve orale.

Pour la deuxième année, il y a 3 cycles, d’une durée totale de 9 semaines,

Le reste de l’année se passe en stage.


Concernant l’évaluation de la deuxième année :

- les stages en SPIP sont également évalués et notés par les lieux de stage.

- un écrit (comme un mini-mémoire) sur une situation vue en stage et un oral sur cette situation viennent compléter la partie évaluation théorique.

La moyenne de toutes ces notes va permettre d’établir un classement de la promotion.

Comment se passe la prise de poste à l'issue du concours de CPIC ?

La prise de poste à l’issue de la formation à l’ENAP se fait selon le classement.

Une liste de postes est transmise par la DAP (Direction de l’Administration Pénitentiaire) et, selon son classement, le stagiaire CPIP choisit son SPIP d’affectation.



Les possibilités d’évolution du métier de CPIC

Qu’est ce que tu vises pour la suite ?

Pour le moment je n’ai pas encore découvert tout le métier de CPIP.

Le métier évolue constamment, à travers les nouvelles recherches, nouvelles études et nouvelles techniques et pratiques mises en place.



J’envisage donc de poursuivre la formation continue et essayer de m’ouvrir à toutes les pratiques de ce métier. Tant de choses sont faites différemment hors des frontières françaises, il est intéressant de voir comment on peut s’en inspirer pour faire évoluer notre façon de faire.





🏫 Conseils pour ceux qui veulent exercer le métier de CPIC


Tu as des conseils pour les étudiants qui souhaitent se lancer ?

J’aurais deux conseils à donner pour l’épreuve de culture générale :


Conseil 1 pour réussir le concours CPIC :

Il est important de travailler la polysémie des mots. C’est en donnant plusieurs sens aux mots importants qui composent le sujet, que l’ouverture de l’analyse se fera.


Conseil 2 pour réussir le concours CPIC :

Mais aussi de pouvoir faire du lien, quand cela est possible, à notre administration pénitentiaire. C’est pour celle-ci que nous allons travailler. Il est très apprécié de voir qu’on peut d’ores et déjà le mettre en avant.

Par exemple, si le thème du sujet traite du « travail » alors pourquoi ne pas parler de la possibilité pour les personnes détenues de travailler en détention. Ou encore si le sujet est « la culture », mettre en évidence que c’est une mission du SPIP que de donner accès à la culture aux personnes placées sous main de justice.

Tous les thèmes de culture générale peuvent être liés à l’administration pénitentiaire !

Quant à l’épreuve de note de synthèse, l’entraînement me semble nécessaire :


Apprendre à repérer les documents importants, éliminer les documents facultatifs, pour gagner du temps.


Il est important de développer sa capacité à être synthétique ! Lorsque j’ai fait la CPI, on nous a conseillé de ne pas faire plus de 6 pages : intro en une demi-page, 2 parties et sous-parties en 4 pages et la conclusion en une demi-page.

Ils attendent l’essentiel. L’épreuve est très courte et les 3h passent très vite.

À l’oral, voyez-la comme un entretien d’embauche.


Ce sont vos futurs collègues qui vous évaluent.

La question de culture générale n’est qu’un prétexte pour vous rencontrer. Amenez-les là où vous avez envie qu’ils vous rencontrent.


Tendez les bonnes perches, celles avec lesquelles vous aurez de l’échange ! Ne jamais tendre le bâton pour se faire battre comme on dirait familièrement ! Si vous ne maîtrisez pas une notion, un concept, une théorie, ne vous y engagez pas, au risque de vous y perdre et d’être déstabilisé.


Et, personne n’étant à l’abri de sortir le mot qu’on ne voulait pas, lorsque vous ne savez pas, assumez-le. Personne ne sait tout, il faut avoir cette modestie de le reconnaître et être en capacité de dire vers qui vous pouvez vous tourner.


__________ Consultez également l’interview d’une avocate en droit pénal

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Aurore Lafond


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