[Vidéo] Affaire Théo "Le coup de matraque lui a perforé la zone péri-anale" - Antoine Vey

Mis à jour : nov. 10

AMPLEMOUSSE N°4 > DANS LE TURFU > ARTICLE N°17


Dans l'affaire Théo, quatre policiers ont été accusés de viol lors d'un contrôle de police qui a dégénéré en arrestation avec violences policières. Dans un contexte tendu où des manifestations éclatent en France et aux Etats-Unis pour dénoncer l'abus de violence par certains membres des forces de l'ordre, l'avocat de la victime Me Antoine Vey répond à nos questions. 💣

Les faits de l'affaire Théo racontés par son avocat Antoine Vey



Pamplemousse : Bonjour Antoine Vey, pourriez-nous nous rappeler les faits de l'affaire Théo ?

Antoine Vey : C'est une affaire qui dure depuis très longtemps. C'est un jeune qui se ballade dans la rue et qui lors d'un contrôle de police reçoit une matraque qui lui a perforé la zone péri-anale sur 10 cm et qui depuis maintenant plus de 4 ans attend une décision de justice.



Théo c'était pas un trafiquant de stup', c'était pas un garçon violent, c'était un garçon qui était là, dans la rue, comme tout le monde. Et en fait, on voit sur les images les policiers arriver déjà

la matraque à la main.


Est-ce que la police a fauté dans l'affaire Théo ?

Bien sûr que la police a fauté. Ça ne nécessite pas d'être grand juriste pour savoir que quand on est dans la rue, les policiers sont là pour vous protéger.

En l'occurence, il y a eu plus de 17 coups qui ont été portés sur Théo et un dommage qui sera

aujourd'hui irréparable..


Devant la justice, qu'allez-vous demander ?

Je demanderai quand ce sera le bon moment avec Eric Dupont-Moretti (NDLR : devenu Garde des Sceaux depuis l'interview) et devant une cour de justice, pas devant une caméra.

Il gardera toute sa vie deux blessures. La première c'est celle qu'on voit dans son corps parce que les médecins disent que ce sera irréparable.


Mais surtout en fait c'est celle qu'il va garder dans sa tête. Parce que être victime, c'est jamais quelque chose qu'on choisit et c'est jamais quelque chose qu'on revendique en fait.


Il a été lui-même dépassé par le symbole qu'il est devenu.


Que s'est-il passé pour les 4 policiers accusés par Théo de viol au moyen d'une matraque?

Il est arrivé qu'ils ont été mis en examen et donc, à ce stade, il y a un juge qui pense qu'il y avait des indices graves et concordants pour le faire.

Ce qui a beaucoup choqué la famille de Théo, et on peut les comprendre, c'est qu'ils n'ont pas été mis à pied.


Donc aujourd'hui ils remplissent encore leur mission de policier. Le jour où la décision tombera,

si ce que nous, nous disons est avéré,

"il serait inenvisageable qu'ils continuent à être policiers" selon Antoine Vey

Êtes-vous sûrs de gagner ?

Oui absolument sûrs de gagner parce que il y a pas de débat en fait. Théo a terminé ce contrôle dans un état qui était même plus humain.


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Découvrez aussi l'interview d'Agnès Naudin, capitaine de police à la brigade des mineurs

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Y-a-t-il un problème de violences policières en France ?


Est-ce qu'il y a un problème de violences policières en France ?

Bien sûr, il y a un problème de violences policières.

Ce qui est difficile avec les violences policières, c'est de

ne pas faire l'amalgame entre des violences qui sont commises par des policiers et l'idée que la police républicaine serait soit violente ou raciste.

Comprenez-vous les manifestations récentes contre les violences policières aujourd’hui en France ?

Non seulement je le comprends, mais en plus on peut le soutenir.

Après c'est vrai qu'il y a un cadre qui peut être un petit peu dérangeant, c'est-à-dire que

la justice ne se rend pas dans la rue, elle se rend dans un tribunal.

À partir du moment où on demande justice en criant devant le palais de justice, il y a plus vraiment de justice.


Comprenez-vous qu’il puisse aussi y avoir des violences de la part de certains policiers ? Pourquoi ?

Personne ne dit que les champs d'intervention dans lesquels interviennent les policiers sont pas des champs profondément violents.


Quand on est policier, on porte un uniforme, on est les représentants de l'ordre mais aussi de la démocratie et donc ça appelle un comportement totalement exemplaire. Et quand il n'est pas exemplaire et bien, il faut que la justice soit capable de le dire sans jeter tout aux orties et en ayant des décisions particulièrement fermes et exemplaires aussi.


Le policier doit rester exemplaire.

Donc si le policier ne sait pas rester exemplaire, faut pas qu'il soit policier.

Après de dire ça, ne veut absolument pas dire que c'est normal qu'il soit caillassé. Toute la difficulté du débat, c'est de ne pas prendre parti en fait.

C'est pas la police contre la "génération j'sais pas quoi", c'est en réalité les gens qui sont de bonne volonté qui respectent les règles contre ceux qui les respectent pas.



source AFP


__ Découvrez aussi l'interview d'un huissier de justice __


Y-a-t-il du racisme dans la police en France ?


Est-ce qu’il existe un lien entre le débat sur le racisme dans la police et le débat sur les violences policières ?

Je crois qu'il y a deux débats qui sont potentiellement connectables.

Il y a dans la police comme dans tous les corps constitués des individus racistes ou des individus violents

La police, on en a besoin, il y a beaucoup de gens qui sont totalement exemplaires qui se dédient au service des concitoyens.

Je pense que ce serait très dangereux de dire qu'on fait le procès de la police.


Il y a un grand ménage à faire et en fait ce qui compte, c'est 0 tolérance contre les violents et contre les racistes.


Est-ce qu’il y a un problème de racisme dans la police ? Quel est-il ?

Bien sûr qu'il y a du racisme dans la police, il y a du racisme partout. La police, c'est la société.

Jean Luc Mélenchon affirme que 75% ds policiers votent pour l'extrême droite… c’est vrai ce mensonge ?

C'est le genre de discours qui participe à l'amalgame... En fait, sur les sujets difficiles, il faut avoir un débat qui est un petit peu plus haut que ça et si on veut changer quelque chose, faut arrêter d'être dans l'incantation.


Peut-on faire le parallèle entre l’affaire George Floyd et la mort d’Adama Traoré ?

Non, on peut pas faire de parallèle entre différentes affaires parce qu'elles sont toutes différentes, parce que les victimes sont différentes, les circonstances de faits sont différents, les pays sont différents.


Les mentalités sont différentes, tous les parallèles ne sont pas bons à tirer.


Il y a un dossier qui est en cours dans l'affaire Traoré et il faut avoir toujours foi en notre capacité collective à arriver à une décision de justice sinon en réalité, il y a plus de démocratie, y a plus de règles de droit et puis en fait, il y a plus rien.

Antoine Vey - Credits Pamplemousse Magazine

Trouvez-vous qu’il y a de l’ingérence du pouvoir dans les affaires de violences policières ? Si oui, elle se manifeste comment ?

Oui, il y a de l'ingérence dans les affaires de violences policières, d'abord dans quasiment toutes les affaires et c'est un peu hypocrite de nous faire croire le contraire.


Particulièrement dans les affaires de violences policières parce qu'il est normal, encore une fois, que le pouvoir défende sa police.


Selon vous, “L’émotion dépasse au fond les règles juridiques” ? C'est pas parce que la cause paraît bonne qu'on peut s'affranchir des règles de droit. Si demain il y a 27 000 personnes du Ku Klux Klan qui commencent à faire la même chose devant le palais de justice, j'attendrais du Ministère de l'Intérieur qu'il rappelle que la règle est la même pour tout le monde. Ça me paraît un climat extrêmement dangereux

dans lequel en réalité l'opinion commence à se faire entendre dans un aspect potentiellement très négatif qui fait pression sur la justice et les décisions de justice.




La suspension des policiers “pour soupçons avérés de racisme”, ça vous inspire quoi ?

La suspension pour soupçon c'est pas une bonne chose, il y a un concept très important qui s'appelle la présomption d'innocence .


Ce qu'on peut regretter, c'est qu'entre le moment de la mise en cause et le moment du jugement définitif, il y a parfois plusieurs années. Donc ça n'incite pas à une très grande réactivité.


Moi je maintiens que tant qu'une personne n'a pas été jugée définitivement, on devrait tout de même pas l'interdire d'exercer ses fonctions de policier sauf si il est dangereux. Et c'est qun critère très très difficile à évaluer sur le plan du droit.


Vous soutenez les policiers qui se disent victimes de stigmatisation après les propos de Castaner ?

Ce qui est terrible c'est quand le discours ne sait plus faire la différence entre ce qui est légal et pas légal. Il est clair qu'on a besoin des policiers et que si on sait plus le reconnaître, on n'arrive plus à faire respecter la règle de droit.


Est-ce qu’on n’est pas rentrés dans une ère où l’émotion prime sur le droit ?

Non, on est rentré dans une ère où il faut que le droit se renforce et que les gens qui en ont la responsabilité soient plus que jamais vigilants pour que justement l'émotion ne l'emporte pas.

De toute façon,

si l'émotion l'emporte, on arrive à une forme de chaos.

Et dans le chaos, on a besoin du droit donc c'est cyclique en réalité.



Les conseils de l'avocat lors d'un contrôle de police


Quel est votre conseil n°1 pour une victime en train de subir des violences policières ?

Je crois que malheureusement quand on est victime de violence policière, on peut rien faire.

Et c'est pour ça que les violences policières sont particulièrement graves.


Peut-on filmer la police ?

On a le droit de filmer la police. Maintenant, c'est pas forcément toujours très simple de le faire et c'est là où on réalité, on n'a pas de cadre légal.


Donc moi je préférerais que la police s'auto-filme et qu'on ait accès à ses arrestations et ses contrôles.

Soit dit en passant, je pense que c'est la même chose pour les audiences de justice.


Il m'apparaît que quand on est dans un rôle démocratique, il faut rien avoir à cacher.


Lors d'un contrôle, peut-on refuser de montrer son ID ou de répondre aux questions des policiers ?

S'il est fait légalement non. Maintenant quand c'est un contrôle qui n'est pas fait selon les règles qui sont assez complexes en la matière, on pourrait revendiquer le droit naturel à se défendre contre l'oppression.


Maintenant la conséquence pratique, c'est que on va finir au poste dans un contrôle encore plus compliqué. On doit montrer sa carte d'identité malheureusement parce qu'on n'a pas le choix.


Globalement que n’ont pas le droit de faire les policiers lors d’un contrôle ?

Les policiers n'ont pas le droit de faire plein de choses, à commencer par vous tutoyer par exemple, ce qui doit être contraire à leur code de déontologie, vous parler de nature à vous faire peur...


En réalité ce qui est choquant aujourd'hui, c'est que je pense que beaucoup de concitoyens qui n'ont absolument rien à se reprocher, ont peur à un contrôle.


Dans le même temps, ils vont tout à fait reconnaître que c'est la police qui est là pour les protéger donc il y a effectivement un grave problème et quand je vous entends dire que certains responsables politiques, Christian Jacob pour ne pas le nommer,

dit qu'il n'y en a pas, je m'alarme un petit peu parce que c'est leur rôle justement de changer tout ça.


Une répression légale plus forte des violences commises contre les policiers, bonne ou mauvaise idée ? Comment ?

Mauvaise idée parce que la répression n'a jamais servi à renforcer l'efficacité des lois et que ce soit pour les policiers, c'est pareil que pour les autres.


Une répression légale plus forte des violences commises par des policiers, bonne ou mauvaise idée ? Comment ?

Alors mauvaise idée pour exactement la même raison, c'est qu'une répression n'a jamais permis de renforcer l'efficacité des lois


Flouter le visage des policiers, bonne ou mauvaise idée ?

Qu'est-ce que ça permet de filmer ?

Ça permet l'exemplarité. Après faut pas le lynchage.


Donc oui floutons-les mais filmons-les.



Faire porter des bodycam aux policiers, bonne ou mauvaise idée ?

C'est pas parce que la cause paraît bonne qu'on peut s'affranchir des règles de droit. Si demain il y a 27 000 personnes du Ku Klux Klan qui commencent à faire la même chose devant le palais de justice, j'attendrais du Ministère de l'Intérieur qu'il rappelle que la règle est la même pour tout le monde. Ça me paraît un climat extrêmement dangereuxdans lequel en réalité l'opinion commence à se faire entendre dans un aspect potentiellement très négatif qui fait pression sur la justice et les décisions de justice.

Ça les protège et ça nous protège, donc vive la bodycam.


Supprimer la technique d’étranglement, bonne au mauvaise idée ?

Bonne idée. Supprimons là parce que apparemment ça tue des gens.


Par quoi on remplace la technique d’étranglement alors ?

Bah par des techniques qui présentent pas de danger. Il vaut mieux laisser partir quelqu'un

plutôt que de le tuer en fait.


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Gustave Pépin

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